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Bilan des six derniers mois : montée de la violence, baisse des libertés

Idées | Bloc-notes | publié le : 01.06.2019 | François Dupuy

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Bilan des six derniers mois : montée de la violence, baisse des libertés

Crédit photo François Dupuy

La société française finirait-elle par s’y habituer ?

Même si au moment où ces lignes sont écrites le mouvement paraît en recul, chaque manifestation des « gilets jaunes » est marquée par des actes de violence plus ou moins graves : violences des manifestants, black blocs et casseurs d’un côté, violences policières de l’autre.

Nous avions pris l’habitude d’être vigilants face à la violence terroriste, d’ailleurs autrement plus dangereuse, mais la violence « civile », elle, semblait en régression : les manifestations en particulier étaient la plupart du temps contrôlées par les services d’ordre efficaces des syndicats. Certes dans son « Histoire populaire de la France »1, Gérard Noiriel nous montre combien les siècles précédents ont été marqués par des jacqueries et des répressions autrement plus dures et sanglantes. Néanmoins, de même que les armées visent à faire des guerres à « zéro victime », notre société appréciait les mouvements sociaux à « zéro dégât ». Elle n’en fut que plus surprise.

Nouvelle approche

La première réponse de l’État fut policière et engendra clairement une égale surprise : des policiers munis d’armes quasi létales, parfois mal entraînés à leur usage, ont provoqué des blessures peu courantes dans ce genre d’événements. Ceci fut d’autant plus mal ressenti que les images présentées par les médias d’information immédiate ont « dramatisé » ce qui, jusque-là, relevait de la rubrique assez peu fréquente des « bavures policières ».

Bref, même si cela doit être nuancé au regard de notre histoire, le « ressenti » de notre société est bien celui d’une explosion de la violence, procédant sans doute, chez les manifestants de la première heure, d’une réponse à ce qu’ils considèrent comme « la mère de toutes les violences », celle résultant d’un accroissement sans fin des inégalités minant la cohésion des sociétés occidentales.

L’État qui, selon la formule consacrée de Max Weber détient le monopole de la violence légitime, a considéré – bien avant ce mouvement d’ailleurs – qu’il ne pouvait se contenter d’une réponse répressive exécutée dans l’instant. Il a théorisé une nouvelle approche, visant à réduire le champ des possibles pour les citoyens désirant manifester, et a confié à l’autorité administrative la responsabilité de prendre des mesures pour un contrôle plus efficace de ces citoyens et de leurs mouvements, notamment en amont d’une manifestation, pour citer ce qui fit le plus polémique. Cette autorité administrative s’est ainsi vue attribuer des pouvoirs qui, jusque-là, relevaient de l’autorité judiciaire.

Du contradictoire à l’arbitraire

C’est sur ce point sans doute que l’évolution a été la plus notable et constitue à n’en pas douter un affaiblissement des libertés individuelles. Pour résumer cette évolution en une phrase, l’autorité du préfet se substitue progressivement à l’autorité du juge. Or, cette dernière s’exerce de façon contradictoire, là où la première s’exerce de façon arbitraire. Chacun peut comprendre l’impact, sur les libertés individuelles, du passage du contradictoire à l’arbitraire, même si celui-ci s’exerce au nom de la protection des citoyens vis-à-vis de la violence décrite plus haut.

La question maintenant posée est de savoir si nous sommes entrés dans un cercle vicieux : violence accrue, répression accrue, libertés réduites, et si tel est le cas qui pourra fixer les bornes de cette évolution et où se situeront ces bornes. C’est à n’en pas douter un enjeu majeur pour l’évolution de notre société.

(1) « Une histoire populaire de la France », Gérard Noiriel, éditions Agone, collections « Mémoires sociales » (2018).

Auteur

  • François Dupuy