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Projet El Khomri : l’avenir n’est pas pour demain !

Idées | Juridique | publié le : 03.04.2016 | Emmanuelle Barbara

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Projet El Khomri : l’avenir n’est pas pour demain !

Crédit photo Emmanuelle Barbara

On ne voit pas de réconciliation possible autour du projet de loi de Myriam El Khomri. Le lyrisme fustigeant la libéralisation du droit du travail l’emporte sur toute proposition offrant une représentation nouvelle de ce que travailler signifie au XXIe siècle. En matière de droit du travail, l’avenir n’est pas pour demain… Vestige d’une représentation du travail immobile, avec des salariés arrimés à une entreprise stable, pérenne, promise aux temps longs, le droit du travail s’applique aujourd’hui à un écosystème disparu. Disons les choses brutalement. Protéger le salarié ne consiste plus à le rendre insusceptible de licenciement. Aussi, la panacée n’est plus le CDI, ni même le salariat. De nos jours, l’enjeu consiste à donner un reflet moins anxiogène de la réalité.

Ce qui ruine toute analyse rationnelle sur la refondation du droit du travail, c’est le mot précarité qui, à lui seul, pétrifie le débatteur. Un terme très sombre, le plus péjoratif de tous. Quand ce mot couperet tombe, impossible d’y répliquer. Aussi expédient que moralisateur, il renvoie sans signification précise à une réalité sociale dramatique, indifférenciée, sans salut. On a laissé infuser le mot partout sans jamais le circonscrire aux cas qui le requièrent et qui existent assurément. Le projet de loi travail est tombé dans le piège sémantique, sans rédemption. Oui, l’économie moderne est précaire. Il n’y a pas d’un côté les travailleurs fragilisés et de l’autre les entreprises solides. Le monde moderne est imprévisible, décloisonné, digital et rapide. Cette nouvelle donne exige de rassurer avec des mots positifs.

Exalter les avantages du « mouvement » et non de la « mobilité » – mot élimé jusqu’à l’os, synonyme de PSE – est la seule voie sérieuse. Le mouvement est une méthode pour trouver un équilibre professionnel, assorti d’adaptations réelles (via la formation) et de passerelles (entre les statuts), adossé à l’attribution de droits qui s’acquièrent pour l’avenir (grâce au compte personnel d’activité) et non au titre du passé (au travers de l’ancienneté). La carrière relève du zapping. Personne n’aura plus vingt ans d’ancienneté dans une même entreprise… À cette aune, la bataille contre le plafonnement des indemnités prud’homales est un tragique contresens. Et un combat d’arrière-garde pour un monde qui n’est plus.

Auteur

  • Emmanuelle Barbara