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Décodages

Chacun cherche son Mooc

Décodages | Formation | publié le : 05.05.2014 | Catherine Abou El Khair

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Six semaines d’enfer et des centaines de questions. » Professeur au Cnam, William Dab n’avait pas anticipé la lourde tâche que nécessiterait le suivi de son cours sur la santé au travail, mis en ligne gratuitement sur la plate-forme France Université numérique (FUN). Six mille personnes se sont inscrites à son Mooc, l’acronyme de massive open online course : le terme consacré pour ces cours en ligne ouverts à tous, venus des États-Unis. Leur particularité ? Des enseignements sous forme de brèves vidéos. Des interactions avec les professeurs et entre participants sur des forums en ligne. Le tout couronné par des tests et la possibilité d’être évalué par les pairs ou les professeurs. Le Mooc de William Dab a fait mouche dans la communauté des ingénieurs et des managers. Il ne s’agit pas du seul : celui de Cécile Dejoux, maître de conférences en gestion au Cnam, intitulé « Du manager au leader », a attiré 36 000 personnes lors de sa deuxième édition.

Une curiosité pour les entreprises. « Les Mooc favorisent l’apprentissage collaboratif, relève Mathieu Halgand, chargé de la formation digitale chez Axa. Ils permettent d’intégrer des éléments de “gamification” intéressants, tels que les badges ou les défis lancés entre apprenants. » C’est le côté ludique de l’apprentissage en réseau. Souhaitant accélérer sa transition numérique, l’assureur s’est alloué les services d’un producteur suisse de Mooc pour entreprises, CoorpAcademy. Quatorze modules d’éducation au digital seront disponibles en juin pour « plusieurs entités » du groupe. À la carte : des cours tout public pour apprendre à faire des recherches sur Internet ou mieux connaître les acteurs du numérique. Mais aussi des sessions plus pointues, ciblant les départements communication ou marketing, sur les techniques publicitaires sur la Toile, les usages des smartphones par les consommateurs ou leur utilisation des réseaux sociaux.

Demande croissante. L’innovation pédagogique des Mooc n’a pas non plus échappé à Renault, qui teste un premier Mooc commercial destiné à informer les clients sur les véhicules. La firme au losange réfléchit à l’opportunité d’utiliser cet outil pour former en interne. L’intérêt ? La diffusion du savoir, « jusqu’à présent réservé aux happy few sortant des grandes écoles », selon la responsable formation du constructeur en France, Marie-Laure Greffier. « Les référents métiers du groupe sont intéressés », explique-t-elle. Start-up et universités misent sur une demande croissante de Mooc. « Les entreprises commencent à nous demander lequel faire suivre à leurs employés », confirme Paul Farnet, cofondateur de The Mooc Agency, l’une des agences qui investissent ce nouveau créneau. « Notre pari est que les entreprises qui créent des contenus nous paient pour diffuser des cours gratuits », déclare Laurent Boinot, cofondateur d’une autre plate-forme de Mooc, Neodemia, qui a hébergé le Mooc de BNP Paribas sur le nouvel espace unique de paiement en euros, le Sepa. Pour les entreprises, l’intérêt peut être double, voire triple : former en interne, mais aussi recruter parmi les externes inscrits aux Mooc, ou familiariser les clients à l’utilisation de leurs produits.

Certains voient plus loin encore. À l’instar d’Orange, dont la plate-forme de Mooc, Solerni, propose une initiation au digital. « Le modèle hiérarchique pyramidal semble parfois atteindre ses limites », affirme Thierry Curiale, directeur du programme open social learning pour le technocentre d’Orange. Il fait le constat de « difficultés à faire fructifier le capital de savoir-faire des salariés. Plutôt que d’envoyer une grappe de 12 à 20 personnes en formation, on offre aux entreprises une scène numérique et une formation à partir de leur propre capital de compétences », relève-t-il. Une tendance qui pourrait bien grignoter les parts de marché des organismes de formation traditionnels… « Le dispositif des Mooc est très coûteux », rétorque pourtant Catherine Goutte, responsable du développement chez Cegos. Tout en jurant ne pas se sentir menacée par cette nouvelle offre.

Pour l’instant, les entreprises profitent surtout du début de notoriété des Mooc. La bonne affaire pour expérimenter de nouveaux modèles pédagogiques : en plein lancement, les start-up qui développent ces outils ne proposent pas des prix extravagants. « Selon sa nature, un Mooc peut coûter entre 30 000 et 200 000 euros », explique Paul Farnet. Un Mooc marketing ou communication demandant plus d’efforts sur la réalisation audiovisuelle qu’un simple Mooc de formation.

Disposant d’une chaire au sein du Cnam, la SNCF travaille avec le spécialiste de la formation continue sur une déclinaison du cours de William Dab pour l’ensemble de ses cadres. Objectif : les former à la prévention des risques. Le coût ? Minime, tout étant pris en charge par le Cnam. « L’outil est souple et plus riche », ajoute le concepteur du Mooc sur la santé au travail. Mais l’entreprise publique a tenu à ajouter une journée en présentiel. « Sans quoi la démarche n’aurait pas été perçue sérieusement. »

Certifier massivement. Les Mooc sont perçus comme une amélioration de la formation à la marge, malgré l’engouement du public. « Un responsable formation n’est pas intéressé par un Mooc qui forme à la comptabilité, mais plutôt par la dernière norme comptable et comment l’appliquer », constate Marc Dennery, codirigeant de la société de conseil et de formation C-Campus. Pour convaincre les responsables formation, il faut en outre que les éditeurs de Mooc développent des technologies permettant de certifier des milliers de personnes en même temps à distance. Car, derrière leur écran, les apprenants ne sont pas surveillés.

En attendant, les Mooc font surtout leur bout de chemin du côté des salariés. DSI dans la communauté de communes du Briançonnais, Aymeric Sauvage a suivi le Mooc de gestion de projet de l’école centrale de Lille. Être certifié par cet établissement est un plus sur son CV. Le Mooc lui a permis de conforter ses acquis : « Ça a changé mon approche de veille professionnelle. J’ai moins besoin de lire la presse, d’assister à des conférences ou à des forums pour me mettre au courant des dernières pratiques. » Une initiative totalement volontaire qui a pourtant des répercussions positives. « Tout ce qui n’est pas indispensable aux entreprises, on le renvoie au salarié, qui aura le choix entre ne pas se former ou se former à l’aide du Mooc », estime Marc Dennery. Alors que se profile le compte personnel de formation, les Mooc seront-ils la solution miracle pour ne plus se soucier de l’employabilité des collaborateurs ?

LE CHIFFRE

200 000

internautes sont inscrits sur la plate-forme France Université numérique, qui héberge les principaux Mooc créés par l’enseignement supérieur hexagonal.

Source : FUN.

Auteur

  • Catherine Abou El Khair