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Enquête

Chez nos voisins, des services sous pression

Enquête | publié le : 01.01.2012 |

Même si le suivi des chômeurs est organisé différemment selon les contextes, partout les coupes effectuées dans les effectifs de conseillers emploi rendent les situations tendues sur le terrain. Le point dans trois pays de l’Union européenne.

GRANDE-BRETAGNE

Forte tension dans les Job Centre Plus

À l’heure où 8,1 % de la population active britannique est inscrite sur les registres officiels du chômage, le gouvernement continue d’accentuer la pression aussi bien sur ces 2,57 millions de demandeurs d’emploi que sur l’administration censée les ­accompagner. En juillet dernier, il a ainsi annoncé la fermeture de 20 Job Centre Plus, chargés de l’accueil des nouveaux inscrits. Deux mois plus tôt, 17 centres de gestion de l’attribution des indemnisations et 5 centres de rencontre avec les chômeurs s’étaient également vu notifier leur fermeture imminente, entraînant la destruction d’au moins 2 400 emplois, soit environ 20 % des postes de cette administration.

L’emploi à vie est devenu un lointain souvenir pour le service public britannique. À la suite des coupes budgétaires imposées par le gouvernement conservateur, 710 000 postes de fonctionnaires et assimilés disparaîtront d’ici à 2016. Profitant de ce grand chambardement, les responsables ministériaux imposent de nouvelles conditions de travail à leurs employés. En janvier et en avril 2011, plus de 2000 salariés des centres pour l’emploi se sont mis en grève : jusqu’alors chargés des dossiers de demande d’indemnisation, ils ont été contraints de se transformer en gestionnaires téléphoniques des demandes des chômeurs.

Courant avril 2011, un scandale révélé par le quotidien The Guardian a secoué l’ensemble du service public de l’emploi. Sous peine d’être eux-mêmes mis à la porte, les employés de certains centres étaient tenus de sanctionner trois demandeurs d’emploi par semaine et de suspendre leur indemnisation pour une durée allant jusqu’à six mois. « Un Africain avait, par exemple, réussi à cumuler un emploi à temps partiel et ses études d’anglais », raconte un fonctionnaire sous couvert d’anonymat. « Sa recherche d’emploi était bien plus conforme que beaucoup d’autres, mais comme il était une proie facile en raison de son mauvais anglais, mes responsables se sont longuement penchés sur son dossier pour y déceler des failles. Ils ont fini par trouver des incohérences et ils l’ont sanctionné. »

La mise en opposition des chômeurs et de leurs gestionnaires, en plus de l’annonce de la réforme du système d’indemnisation, a conduit à la dégradation des relations dans les centres pour l’emploi. La tension est telle que, après accord avec leur responsable, les fonctionnaires sont autorisés à arborer un pseudonyme sur leur badge pour assurer leur sécurité une fois franchies les portes de l’agence.

Tristan de Bourbon, à Londres

ITALIE

Une réforme annoncée pour 2012

En Italie, l’assurance chômage se distingue par une grande souplesse, mais aussi par un retard considérable en matière d’accompagnement et de contrôle des demandeurs d’emploi. À peine installé à la tête du gouvernement, mi-novembre, Mario Monti a d’ailleurs prévenu qu’il entendait réformer au plus vite le système, en durcissant les règles d’indemnisation des chômeurs pour alléger le déficit public, et en offrant, en contrepartie, un vrai service d’aide à la recherche d’emploi.

Il entend également cibler deux populations particulièrement défavorisées : les femmes et surtout les jeunes, qui, dans un cas sur trois, n’arrivent même pas à entrer sur le marché du travail. Tout est donc encore en chantier de l’autre côté des Alpes. Pour l’instant, c’est l’Institut national de prévoyance sociale (INPS), l’équivalent de nos caisses de retraite, qui joue le rôle dévolu en France à Pôle emploi. Cette énorme structure publique gère un flux financier annuel d’environ 280 milliards d’euros et verse en moyenne quelque 20 milliards d’euros d’allocations chômage. Les fonds de l’assurance chômage sont réunis au sein de la Caisse d’intégration, une structure spécifique alimentée par l’État et les entreprises et à laquelle les salariés peuvent avoir recours de façons différentes, selon qu’ils sont au chômage technique ou licenciés.

Avec la crise et les moyens de plus en plus contraints de l’État, les effectifs de l’INPS ont diminué de 19 % au cours des dix dernières années. Actuellement, les agents de l’Institut sont au nombre de 27 600. Un quart d’entre eux travaillent sur l’assurance chômage, un autre quart sur les retraites et la moitié restante sur la collecte des cotisations. Sachant que 3,9 millions d’Italiens ont bénéficié de l’assurance chômage en 2010, on peut estimer que le service public de l’emploi italien dispose d’un conseiller pour 564 demandeurs d’emploi. C’est très peu ; d’autant que 308 000 personnes auront eu recours au système d’indemnisation en 2011. Ce chiffre est paradoxalement en baisse de 20 % sur un an mais il repartira à la hausse en 2012, le pays étant entré en récession cet été.

Officiellement, le taux de chômage représente actuellement 8,5 % de la population active, mais ce chiffre ne comptabilise pas les salariés au chômage technique, indemnisés par l’INPS dans la limite de douze mois consécutifs.

Philippe Guérard, à Rome

ALLEMAGNE

Chômeurs en moins, stress en plus

Qu’il doit faire bon être un conseiller emploi allemand ! C’est ce que l’on imagine quand on observe le taux de chômage, en baisse : 6,4 % (2,71 millions de chômeurs) fin novembre, pour une population active en hausse (41,5 millions). Même le chômage de longue durée recule. Malgré la crise de la zone euro et le ralentissement économique, « les entreprises allemandes maintiennent des prévisions d’embauche relativement fortes pour 2012 », expliquait récemment un porte-parole de l’Agence fédérale pour l’emploi (BA).

Pourtant, les conseillers du Jobcenter d’Oberhausen, une ville de la Ruhr de 212 000 habitants, ne voient pas la vie en rose. La ville, qui, depuis la réforme de l’Agence fédérale pour l’emploi de 2005, gère le centre local de recherche d’emploi paritairement avec la BA, a de graves problèmes financiers. Toutes les embauches ont été gelées et 44 postes de conseiller sont vacants. À cela s’ajoute de nombreux congés maladie. Conséquence : un trou de 20 % dans les effectifs et un nombre de dossiers traités passé de 140 à 300 par conseiller (160 en moyenne nationale). « En 2005, la fusion de l’aide sociale, qui était jusqu’alors versée par les communes, et de l’allocation pour les chômeurs de longue durée a débouché sur la création de l’allocation Hartz IV, conduisant à une modification substantielle de notre travail, explique un conseiller qui préfère conserver l’anonymat. Le nombre de ­chômeurs à Oberhausen est d’environ 12 500 personnes. Mais comme nous gérons en plus les gens qui, malgré leur emploi ou leur retraite, ont besoin de l’allocation Hartz IV pour vivre, le nombre de nos “clients” est proche de 30 000. »

La logique qui sous-tendait la réforme de 2005, à savoir mieux cibler l’aide, limiter les fraudes et rendre le chômage moins intéressant que le travail, a été développée par les gouvernements successifs. Résultat, le contrôle des conditions d’attribution des allocations et de diverses petites primes s’est considérablement renforcé, grevant le travail des conseillers et empoisonnant la vie des allocataires.

Selon une étude récente des caisses publiques d’assurance des accidents du travail et des maladies professionnelles, 70 % des conseillers de la BA se sentent stressés, ­inquiets, voire menacés. L’annonce faite cet été par Frank-Jürgen Weise, patron de l’Agence fédérale, de supprimer par non-renouvellement 10 000 postes sur les 115 000 que compte son administration est sans doute le symbole d’un marché de l’emploi qui se porte bien. Mais, pour les conseillers des Jobcenters, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Thomas Schnee, à Berlin

Une chômeuse à New York

J’ai testé le système américain. Après m’être inscrite en ligne pour recevoir mes indemnités de chômage – oui, c’est possible dans l’État de New York – j’ai appelé la hot line : 877-872-56-27. Après quelques secondes d’attente sur fond de musique classique, Shirley prend mon appel. Shirley dépend en fait du département du Travail, à Washington. Mais elle est toute prête à trouver les bons contacts pour moi à New York. Et d’énoncer les programmes existants pour les paysans, les Indiens d’Amérique, les seniors… Je choisis senior et elle me donne le téléphone du responsable new-yorkais. Shirley me livre en prime l’adresse et le téléphone du centre de l’emploi le plus proche de chez moi… Il n’y a même pas besoin de prendre rendez-vous.

J’appelle malgré tout.

Et après avoir pris note de mon numéro de sécurité sociale, la dame du téléphone me propose deux dates pour suivre une réunion d’orientation. Il y a une place disponible demain si je veux. Cette incursion éclair dans le système américain d’indemnisation du chômage s’est plutôt bien passée. Ce qui est plus difficile, de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est la durée de la prise en charge. Trop courte. Avant la récession, les Américains devaient se contenter de vingt-six semaines d’indemnités, soit un peu plus de six mois. La crise économique a changé la donne. Le gouvernement fédéral a fait voter huit prolongations pour les versements d’indemnités chômage. Et en mettant bout à bout aide fédérale et aide de chaque État, les États les plus généreux offrent au maximum quatre-vingt-dix-neuf semaines d’indemnités aux chômeurs. Ils peuvent ainsi toucher près de la moitie du salaire perçu auparavant. Le hic, c’est que plusieurs millions de chômeurs arrivent en fin de droits. Et si la nouvelle loi sur l’emploi proposée par le président Barack Obama n’est pas votée au Congrès, il n’y aura pas d’autre prolongation des versements : 1,8 million d’Américains risquent de se retrouver sans rien, dès le mois de janvier.

Caroline Crosdale, à New York