Dix figures toulousaines de l’emploi et du social

PAUL-HENRI BERNARD, AVOCAT CHEZ CAPSTAN
L’oreille des patrons

Paul-Henri Bernard est tombé dans la marmite du droit social « un peu par hasard » lors d’un stage de fin d’études au cabinet Barthélémy de Nîmes. Formé à Montpellier par Jean-Marc Mousseron, père du diplôme de juriste-conseil d’entreprise, il dirige depuis 1994 le plus gros cabinet d’avocats-conseils d’entreprise de la métropole. « Nous étions deux à ouvrir le cabinet toulousain. Aujourd’hui, la structure emploie 20 salariés dont 14 avocats. » Avec Fidal et Loyve Avocats, Capstan est un des rares cabinets-conseils d’entreprise de la région. « Le barreau toulousain est très tourné vers le judiciaire. Par ailleurs, l’histoire industrielle est ici récente. Le pouvoir de décision des entreprises est centralisé à Paris ou à l’étranger. Elles s’adressent à des avocats parisiens. » Capstan travaille sur des opérations de restructurations, d’achats, de fusions, et leurs conséquences sociales, auxquelles la région n’a pas échappé. Le cabinet a notamment défendu la direction de Molex. Mais Paul-Henri Bernard préfère parler du dossier Freescale, « un exemple d’anticipation sociale. Cette entreprise a une conviction sociale forte et travaille à la revitalisation du site ». A.-C.G.

JEAN-LOUIS CHAUZY, PRÉSIDENT DU CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL RÉGIONAL (CESER) DE MIDI-PYRÉNÉES
Un adepte du compromis

Indéboulonnable ! Fin 2010, à 64 ans, Jean-Louis Chauzy a été élu pour la quatrième fois à la présidence du Ceser. En fin de mandat, il aura passé vingt-quatre ans à la tête de l’institution. Militant de la CFDT, ce cadre d’EDF a gravi les échelons pour devenir secrétaire général de Midi-Pyrénées. « La suite logique aurait été de monter à Paris, mais j’avais envie de faire autre chose », indique cet élu rodézien. En 1992, irrité d’entendre qu’un syndicaliste ne présiderait jamais cette assemblée, tenue par le patronat, il se présente et remporte le siège. Le Ceser de Jean-Louis Chauzy n’est pas une simple assemblée d’élaboration d’avis. Il intervient dans le débat public, veut tracer les chemins du développement économique de la région avec la section prospective 2030. « Nous sommes les seuls à pouvoir rassembler tous les acteurs et élus locaux. » Appelé à la rescousse par le préfet de région sur le conflit de Continental, Jean-Louis Chauzy est nommé médiateur. Mais, dans cette affaire, cet adepte du compromis a toutes les peines à jouer les rassembleurs. Il se heurte, souvent par presse interposée, à la CGT et à la… CFDT. Résultat, la médiation s’est enlisée avec le conflit. A.-C.G.

MICHEL SABATTE, AVOCAT PROSALARIÉS
Chantre de l’égalité de traitement

Michel Sabatte peut se vanter d’une chose : avoir profondément agacé les patrons avec la jurisprudence Ponsolle. Peu le savent, mais il est à l’origine du fameux « à travail égal, salaire égal ». « J’avais construit un référé maladroit sur l’injustice de la situation de ma cliente. Lorsque le conseiller des prud’hommes de la partie salariée se penche vers la partie patronale et lui glisse “à travail égal, salaire égal”. Je me suis engouffré dans la brèche », raconte l’avocat. Étudiant à Toulouse, il militait à gauche. Mais il revendique de ne jamais avoir été l’avocat institutionnel d’un syndicat. « J’ai toujours voulu garder mon autonomie. » À 61 ans, ce collectionneur de 2 CV s’est fait rattraper par l’individualisme qui marque à présent la société. « Ma clientèle a évolué en même temps que Toulouse devenait une ville de cadres. Les dossiers collectifs se font rares. » Demandes de résiliations judiciaires, prises d’acte sont le lot des affaires que défend Michel Sabatte aux prud’hommes. Il enseigne aussi au sein du master RH de l’IAE. « Je suis là pour rappeler aux étudiants que le droit du travail n’est pas seulement un outil de gestion mais surtout de protection des salariés. » A.-C.G.

BRUNO SIRE, PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ CAPITOLE
Promoteur d’une université d’excellence

L’université doit continuer de servir d’ascenseur social. Pour y parvenir, elle se doit d’être excellente. Je refuse le système de sélection à l’entrée et je refuse l’image de l’université voiture-balai du système éducatif français. » Spécialiste des rémunérations, ancien directeur du défunt Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur les ressources humaines et l’emploi, le président de Toulouse I Capitole est viscéralement attaché à l’esprit de service public. Son équipe fait de l’université de droit, gestion et économie (19 500 étudiants) un établissement tourné vers les entreprises et l’international. Il veut faire de l’IAE une école de gestion. En droit, les meilleurs étudiants peuvent intégrer un collège supérieur enrichi de culture générale. « Nous croyons aux doubles cursus. Nous proposons une filière droit-économie qui forme des juristes d’affaires pointus. » Via sa fondation, l’université finance les bourses de chercheurs étrangers qui renforcent l’encadrement des étudiants. A.-C.G.

DENIS PARISE, ANCIEN DS CGT DE MOLEX ÉLU CONSEILLER RÉGIONAL
De la lutte syndicale au conseil régional

Un an après la liquidation de Molex et le licenciement de ses 280 salariés, la page n’est pas tournée pour Denis Parise, ancien délégué syndical CGT et secrétaire du CE de l’usine de connectique délocalisée en Slovaquie. Le combat continue. Seule la forme a changé. Élu en mars 2010 au conseil régional Midi-Pyrénées sur la liste du Parti socialiste, cet ancien tourneur-fraiseur promu au service qualité lors de sa carrière chez Molex n’a rien perdu de sa combativité. « À 52 ans, j’ai décroché un CDD de cinq ans, explique-t-il avec philosophie. Mon action reste d’ailleurs ancrée sur le terrain syndical en tant qu’élu à la commission industrie-formation-économie sociale et solidaire. » Pas question d’être un faire-valoir sur la liste de Martin Malvy, le président de la région Midi-Pyrénées, réélu pour un troisième mandat. Rompu aux luttes syndicales, il s’est jeté dans l’arène politique pour mieux aider à légiférer contre les « patrons voyous » et discuter « d’égal à égal avec les élus ». Déterminé à faire changer les choses, il vient d’entrer au bureau de Midi-Pyrénées Expansion, l’agence de développement économique du conseil régional chargée d’apporter un soutien direct aux entreprises de la région. L. L.

JACQUES IGALENS, TOULOUSE BUSINESS SCHOOL, DIRECTEUR DE LA RECHERCHE
Nouveau pilote de la recherche de Toulouse Business School

C’est une belle prise pour Toulouse Business School. Jacques Igalens, 61 ans, a pris en janvier la direction de la recherche de l’école de commerce. Pionnier de la responsabilité sociale et de l’éthique dans l’entreprise, il était jusqu’ici vice-président de l’université de sciences sociales UT I. C’est un nouveau défi dans la carrière bien remplie de ce docteur en gestion, diplômé de l’Essec et de Sciences po. Chercheur dans l’âme, Jacques Igalens est aussi un homme de terrain : consultant en ressources humaines pendant dix ans, il a créé l’AGRH en 1989. Il est président d’honneur de l’Institut international de l’audit social. Sa feuille de route : hisser la recherche de l’école de commerce au plus haut niveau international. « Pour se différencier, elle doit attirer les meilleurs chercheurs internationaux, multiplier les publications dans des revues de premier plan et surtout favoriser la recherche de pointe et les transferts de connaissance vers les acteurs économiques qui seront les pilotes du changement. » Aéronautique et espace, santé, agroressources, les trois thématiques des pôles de compétitivité de Midi-Pyrénées forment un terrain d’expérimentation idéal. L. L.

JEAN ARICHBAEFF, PRÉSIDENT D’ENVOI, ASSOCIATION D’INSERTION
L’insertion pour credo

Qu’est-ce qui fait courir Jean Arichbaeff ? Depuis quinze ans, après une belle carrière de DRH, pour l’essentiel passée au sein d’Air Inter, avant sa fusion en 1997 avec Air France, ce septuagénaire préside l’association d’insertion toulousaine Envoi. Créé avec le soutien d’Airbus, à l’époque Aerospatiale, Envoi emploie en permanence 110 salariés. La durée moyenne des contrats est de sept mois et le taux d’insertion de 60 % – mais il est tombé à 30 % avec la crise. Envoi réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires entre la sous-traitance aéronautique pour Airbus, le relevé de compteurs pour ERDF et la désimmobilisation de parcs informatiques. « Même si nous aidons nos salariés à démêler des parcours de vie parfois compliqués, notre rôle est de leur donner les clés d’un projet personnel dont ils sont les acteurs », explique-t-il. Ce spécialiste du droit du travail garde de son passé de DRH « ce goût pour la négociation, l’échange et la confrontation », et préfère avec pragmatisme « l’action à la critique facile d’un système ». Pour lui, « c’est la viabilité économique de toute structure qui permet l’insertion et le respect de ses engagements à l’égard de ses clients ». L. L.

PATRICK ROUX, DRH DE FREESCALE
DRH anticipateur

Patrick Roux pilote depuis 2009 le plan de sauvegarde de l’emploi du fabricant de semi-conducteurs. D’ici à la fin de l’année, 1 100 salariés auront quitté l’entreprise. L’usine arrêtera sa production. Seuls 600 ingénieurs resteront sur le site. À Toulouse, la gestion du PSE de Freescale, c’est un peu l’anti-Molex. « Nous avons anticipé au maximum, explique le quadra, également président du CMRH, l’un des clubs de DRH locaux, et président de la commission sociale de la chambre syndicale de la métallurgie. Notre projet reste de trouver un CDI pour tous. » L’effort d’anticipation n’a pas permis d’éviter cinq semaines de grève et la séquestration des dirigeants à l’automne 2009. Depuis, les crispations se sont atténuées. Début 2011, près de 400 personnes ont retrouvé un travail à l’extérieur, dont 80 % en CDI. Certains se sont lancés dans la création d’entreprise. « Freescale leur sert d’incubateur pour développer leur projet en sécurité. » Patrick Roux et son P-DG, Denis Blanc, travaillent d’arrache-pied à la revitalisation industrielle du site. Plusieurs salariés ont été réembauchés par la société Intel, dont les locaux sont sur le site. « Nous devons aussi travailler pour ceux qui restent. Notre ambition est de faire du site toulousain un centre d’excellence en R & D pour piloter les projets mondiaux de Freescale. » A.-C.G.

ANOUK DÉQUÉ, PRÉSIDENTE DE LA CGPME DE HAUTE-GARONNE
Au chevet des PME

On dit d’elle que c’est une femme de caractère. Sans doute est-ce nécessaire dans le milieu patronal toulousain dominé par la gent masculine. Même si le Centre des jeunes dirigeants de Toulouse a, lui aussi, choisi de mettre à sa tête une femme : Anne-Marie de Couvreur-Mondet. Anouk Déqué préside la CGPME de Haute-Garonne depuis 2004. C’est son troisième mandat. Elle est également très investie à la chambre de commerce et d’industrie, où elle est élue. « Les TPE et les PME souffrent encore de la crise économique. Elles sont en tension. Nos patrons ont une visibilité à un mois sur leur carnet de commandes. Pour la trésorerie, elle ne dépasse pas trois mois. Ces dix-huit derniers mois, j’ai passé beaucoup de temps à faire de la médiation entre nos adhérents et les banques. » Seul satisfecit pour cette directrice d’agence de communication qui emploie 19 salariés, la crise aura resserré les liens entre les patrons. Les adhésions ont fait un bond de 14 % l’an dernier. « Aujourd’hui, plus de 120 adhérents assistent à nos réunions mensuelles. Notre rôle est d’aider les PME à se structurer sur le plan financier, social et managérial. » A.-C.G.

JOSEPH BELLANCA, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UD FO DE HAUTE-GARONNE
Patron d’un poids lourd syndical

FO est la deuxième organisation syndicale départementale après la CGT. Mais elle tient des places fortes qui font d’elle une interlocutrice importante. D’abord dans le secteur public : à la CPAM, à la CAF, à la préfecture ou à la mairie, elle tient la première place. « Contrairement aux idées reçues, 60 % de nos adhérents viennent du secteur privé », précise toutefois Joseph Bellanca, patron de FO Haute-Garonne depuis seize ans. FO est en effet l’organisation numéro un de la plus grande entreprise : Airbus. Qui plus est en position quasi hégémonique. « La CFDT a perdu ses représentants lors des dernières élections et la CGT a failli passer à la trappe. Mais nous ne nous réjouissons pas de la situation », assure le patron de FO. Son inquiétude ? La place de l’industrie : « Dans la chimie, dans la connectique, on a perdu beaucoup d’emplois. L’aéronautique et la métallurgie sont porteuses d’emplois mais masquent aussi des situations plus difficiles. » A.-C. G.