Deux idées innovantes pour doper l’emploi

1-L’aéronautique, première filière industrielle régionale, souffre d’une pénurie d’ouvriers qualifiés. En 2008, une étude de l’université Toulouse I confirme que cette situation « bride fortement le développement des PME sous-traitantes ». Chaudronniers, tourneurs-fraiseurs, soudeurs, ajusteurs-monteurs… manquent à l’appel. Pour répondre aux besoins, l’État et la région Midi-Pyrénées, avec l’appui de l’UIMM et des syndicats de la branche, mettent en place une GPEC à l’échelle de la filière.

Porté sur les fonts baptismaux en 2009, le plan régional des emplois et des compétences est piloté par un comité stratégique réunissant partenaires et Opca financeurs. Il instruit chaque mois les demandes des entreprises. Pôle emploi anime cette GPEC de filière destinée en priorité aux entreprises de moins de 300 salariés. « C’est un dispositif pilote de sécurisation des parcours sur des besoins ciblés d’emplois de production, permettant de recruter et de former en même temps des personnes non qualifiées. Avec la crise, nous avons adapté le dispositif en 2010 et sélectionné également des salariés en poste sous-qualifiés », explique Nabila Aitelhadj, de Pôle emploi, chargée de l’animation du programme.

Dès 2010, le dispositif a concerné 32 PME et 250 personnes. Un tiers est constitué de demandeurs d’emploi dont la plupart ont un niveau 5 de qualification. Tous ont bénéficié d’un parcours, qualifiant ou non, allant parfois jusqu’à six mois ou d’une formation d’adaptation à l’emploi de quatre cents heures au plus. 80 % du coût pédagogique (400 000 euros) ont été financés par des dispositifs de branche, adossés au contrat de projets État-Région et complétés par des financements issus de la convention de revitalisation signée entre Airbus et l’État pour 2010. Probante, l’opération est relancée en 2011.

2-Financer un garage associatif, à la fois atelier d’insertion et lieu d’échange des savoirs dans un quartier sensible du sud de Toulouse, ou permettre la viabilité économique de L’Appétit des possibles, un restaurant nomade, lieu d’information sur le bio dans l’assiette… La délégation à l’économie solidaire de la mairie de Toulouse développe depuis un an le dispositif Irlis (pour initiative régionale et locale d’investissement solidaire). L’idée : apporter conseil et aide au financement à des porteurs de projet. En un an, 70 structures ont ainsi pu éclore. « Nous sommes partis d’un constat de carence en matière d’aide aux activités relevant de l’économie solidaire, alors que le secteur représente 33 000 emplois dans l’agglomération toulousaine. Chaque projet porté par l’Irlis génère en moyenne cinq emplois », explique Jean-Paul Pla, élu municipal, chargé du dossier.

Pour éviter de dissuader les entrepreneurs, l’Irlis limite le formalisme de la démarche. Une page peut suffire à présenter son projet ; soixante-dix heures sont ensuite consacrées à l’étude de faisabilité. Au moment de l’élaboration des statuts, les entrepreneurs peuvent solliciter un prêtsolidaire. Via une convention de partenariat signée avec Midi-Pyrénées Actives, banquier de l’économie solidaire, l’Irlis propose jusqu’à 60 000 euros de prêt à un taux de 0 à 2 %. Les jeunes structures sont suivies durant cinq ans sur un plan à la fois financier et éthique par 12 structures labellisées par la mairie.

Pour étendre le dispositif aux 37 villes de la Communauté urbaine dès 2012, la gestion de l’Irlis sera transférée cette année à la Communauté urbaine. D’ici là, Jean-Paul Pla a d’autres idées dans ses cartons. Notamment le « sol violette », une monnaie solidaire qui sera testée par les Toulousains en juin. L. L.

PIERRE COHEN, MAIRE DE TOULOUSE, PRÉSIDENT DU GRAND TOULOUSE
Cap sur la connaissance

Comment la communauté urbaine de Toulouse est-t-elle touchée par la crise ?

Notre métropole a su maintenir un certain dynamisme, entraînée par les entreprises de pointe, notamment celles liées à l’activité aéronautique. Les commandes d’Airbus dopent l’activité locale et nous permettent d’être la région la plus exportatrice de France. Mais les succès ne doivent pas masquer les difficultés. Beaucoup d’entreprises, de PME ont souffert en 2010. Notre région, avec Molex, Continental, constitue un des lieux emblématiques de la lutte contre les fermetures sauvages de sites industriels français.

Que pouvez-vous faire pour remonter la pente ?

Je crois au rôle de la puissance publique. La métropole, sans s’octroyer les compétences de la Région ou de l’État, peut être un levier des politiques de l’emploi. La crise creuse les inégalités. Il nous faut donc répondre par une stratégie d’aide à la croissance économique et à l’emploi, mais aussi par une politique de solidarité, de proximité, de soutien aux Toulousains. La métropole consacre 500 millions d’euros par an à l’investissement. Nous nous sommes engagés à construire, dans la seule ville de Toulouse, 4 500 logements sociaux sur trois ans, pour atteindre le seuil des 20 % d’ici à 2014. En 2010, 2 000 logements sociaux ont déjà été livrés.

Toulouse est-il trop dépendant de l’aéronautique ?

L’industrie aéronautique et spatiale est un formidable atout ! Elle représente, au total, près de 100 000 emplois. Nous accompagnons cette dynamique en travaillant sur le projet Montaudran Aerospace, destiné à devenir le plus grand campus aéronautique et spatial européen. Cela ne nous empêche pas de faire émerger d’autres filières.

Lesquelles ?

L’agroalimentaire, les nanotechnologies, l’informatique, la santé… Le Cancéropôle représentera demain 4 000 emplois. Il a vocation à devenir un centre international de recherche pluridisciplinaire sur le cancer. Unique en Europe, il associera, autour d’une clinique universitaire, des labos de recherche, des entreprises, des facultés, des grandes écoles.

Où en êtes-vous des projets du grand emprunt ?

La Communauté urbaine soutient les candidatures de projets mettant en avant l’innovation et la connaissance : l’institut de recherche technologique (IRT) aéronautique, espace et systèmes embarqués, porté par l’université de Toulouse ; l’institut hospitalo-universitaire (IHU) des sciences du vieillissement et de la prévention de la dépendance, porté par le CHU de Toulouse… Ces projets renforceront notre visibilité et créeront des emplois. S’ils sont labellisés, ils contribueront à faire de Toulouse le fer de lance européen de l’économie de la connaissance.

Propos recueillis par A.-C.G.