Le déclin des classes moyennes
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Éric Maurin, Louis Chauvel ou encore Jean-Marc Vittori ont déjà exposé leur vision du phénomène de déclassement dans la société française et de l’appauvrissement des classes moyennes. L’économiste Nicolas Bouzou dresse un portrait de ces classes moyennes en perdition et souligne l’urgence de freiner la « fragmentation sociale » qui mine nos sociétés. Pour commencer, il nous invite à réfléchir sur ce paradoxe : « Entre 1987 et 2010, la richesse produite chaque année sur le sol français a augmenté de plus de 50 %. Le pouvoir d’achat par individu a gagné plus de 45 %. L’espérance de vie à la naissance a augmenté de quatre ans pour les femmes et de six ans pour les hommes », et pourtant, « l’anxiété a gagné l’ensemble du corps social ». Autre paradoxe, la croissance constitue un élément destructeur pour les classes moyennes. Elle creuse le fossé entre les riches, toujours plus riches, et les pauvres, toujours plus nombreux à l’être. « Ces dernières années, ce sont en moyenne plus de 250 000 individus par an qui sont venus grossir les rangs de la pauvreté en France », observe Nicolas Bouzou. « À ce rythme-là, ce sera 2,5 millions d’ici à dix ans. » L’État est loin d’être dédouané de toute responsabilité par le consultant, qui dénonce des aberrations. À l’exemple de la politique du logement « où des mesures insensées ont contribué à la hausse des prix ». Ou de la gestion des finances publiques, qui a alourdi la fiscalité des classes moyennes. Mais il estime aussi que les nouvelles technologies de l’information et de la communication accentuent les inégalités car elles donnent une prime à la qualification et entraînent une individualisation des parcours professionnels. Selon Nicolas Bouzou, quiconque a un niveau de vie inférieur à 100 000 euros, c’est-à-dire 60 % au-dessus du seuil de pauvreté, fait partie de la classe moyenne. « Aujourd’hui cette classe moyenne représente plus de 80 % de la population adulte ; au vu des tendances déjà à l’œuvre, cette part passera à moins de 75 % en 2020, et à près de 65 % en 2030. » Dans le même temps, la part des pauvres passera la barre des 25 %. Un effort massif d’éducation peut empêcher cette désastreuse évolution, affirme l’auteur, qui juge que seule la gauche serait capable de mener une telle politique. Alors que la voie préférée par la droite serait plutôt ce qu’il appelle « la destruction des rentes ». Sinon, c’est l’extrême droite qui tirera les marrons du feu et « le chagrin des classes moyennes se muera en tragédie politique ».

Le Chagrin des classes moyennes, Nicolas Bouzou. Éditions JC Lattès. 280 pages, 18 euros.