La lutte des classes n’aura pas lieu

C’est un chef de chantier du bâtiment sur qui le sort s’acharne. Claudio De Rosa (Elio Germano, récompensé à Cannes en 2010 du prix d’Interprétation masculine) découvre d’abord un cadavre enfoui sous la terre de son chantier, près de Rome. Il ne le signale pas, se rendant complice de crime, de peur de risquer la fermeture. Puis il perd sa femme enceinte et se retrouve à la tête d’une famille de trois bambins. Mais le désir de revanche sociale, la volonté d’offrir à ces fils « ce qu’ils n’ont jamais eu » l’emportentsurle deuil, qu’il refoule.

Voilà le pater dolorosus, hier un gars insouciant hurlant des chansons populaires, qui s’improvise promoteur, pour gagner de la « thune ». Mais ne devient pas JR qui veut. Les petits arrangements avec la loi – qu’il jongle avec de l’argent sale ou trompe ses ouvriers immigrés clandestins – ont tôt fait de le faire vaciller…

Dans le combat de Claudio contre l’adversité, le réalisateur, Daniele Luchetti, célèbre la vitalité des modestes, « cette classe sociale […] des prolétaires qui aujourd’hui n’a plus de mot précis pour la définir ». Il épingle aussi les travers italiens (racisme, culte de l’argent), même s’il met en garde contre toute « lecture politique ». Poignant sans être lacrymal, La Nostra Vita touche mais donne le tournis, à osciller entre drame familial, comédie de mœurs et peinture sociale.

La Nostra Vita (1 h 38), film de Daniele Luchetti. Sortie le 6 avril.