Il y a besoin d’un État stratège
LE MODÈLE CENTRALISÉ A FAIT LONG FEU

Le plan de mobilisation pour l’emploi, annoncé début mars par Xavier Bertrand, illustre la double ambiguïté de la situation française en ce domaine. D’une part, l’État et les partenaires sociaux peinent toujours à démêler le qui fait quoi entre eux. D’autre part, pouvoirs publics et collectivités territoriales entretiennent aussi un jeu d’acteurs fort peu lisible et rarement fondé sur le principe clair du « qui paie décide ». Il faut cependant éviter de renvoyer tout le monde dos à dos. C’est bien l’État, pourtant régulateur de l’ensemble, qui a en effet le plus souvent tendance à développer une stratégie du « coucou », qu’il s’immisce dans le champ conventionnel de l’assurance chômage d’ailleurs en plein chantier, ou prenne des positions fortes sur l’apprentissage sans se soucier de son financeur principal, la Région. Or, à laisser ces politiques déjà complexes sans véritable pilote, et au demeurant sans résultat probant, il est pour le moins patent que le modèle centralisé a fait long feu.

Le besoin d’un État stratège, qui a servi de fondement à toutes les politiques de modernisation depuis vingt ans, est plus que jamais ressenti par les acteurs. Faute de cette réflexion en amont, force est de constater que la RGPP, pour ne pas la nommer, a dévitalisé les moyens de l’administration, singulièrement au niveau déconcentré, sans pour autant la concentrer sur ses missions principales. Au-delà des programmes qui seront développés dans les mois à venir, notamment en faveur de l’emploi des jeunes, il conviendra donc de surveiller leurs modalités pratiques de mise en œuvre, tant, en la matière, le contenant se révèle au moins aussi décisif que le contenu. Faute de quoi les incantations perdureront, déconnectées des besoins économiques et des réalités sociales.

LE DÉBAT SUR LE FINANCEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE RESTE ENTIER

En se prononçant pour la fameuse « barémisation » des allégements de charges, le Premier ministre a incontestablement fait avancer la complexe querelle d’experts qui semblait tétaniser toute décision publique. Ici encore, la simplicité n’est pas de mise et il faudra vérifier ce qui ressortira concrètement de ces annonces, tant pour les entreprises que pour les salariés.

C’est toutefois l’occasion de rappeler que le débat sur le financement de la protection sociale – singulièrement l’allégement des charges pesant sur le travail – reste entier. Cependant, le dossier de la réforme fiscale paraît aujourd’hui se concentrer sur l’imposition du patrimoine, qui n’est pas nécessairement la préoccupation principale des Français, ni d’ailleurs un enjeu financier central. Il n’est pas certain que l’ampleur du chantier (auquel on n’oubliera pas d’ajouter celui de la réforme des bases de la fiscalité locale) encourage l’ensemble des grands responsables politiques à s’en emparer durant la prochaine campagne présidentielle. Ce serait pourtant une occasion privilégiée de faire progresser le sujet tout en s’évitant, dans tous les cas de figure et quel que soit le sort des urnes, de bien fastidieux débats à partir de 2012.