Le poids et le sens des responsabilités
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C’est dans une mise en scène à la japonaise que Carlos Ghosn, le P-DG de Renault, a publiquement présenté, sur TF1, ses excuses aux trois cadres injustement accusés d’espionnage et indûment licenciés par l’entreprise. Dans le monde de l’automobile, beaucoup ont en mémoire l’acte de contrition du président de Toyota, Akio Toyoda, il y a un peu plus d’un an, après le rappel de plusieurs millions de véhicules. Mais l’exercice pour le premier constructeur mondial consistait à se faire pardonner des clients de la marque. À la grande différence de Renault, où les victimes sont trois salariés de l’entreprise. Et, au-delà, l’ensemble des collaborateurs du groupe.

Car cet incroyable feuilleton va peser sur l’image de la marque automobile et sur ses comptes, au vu des procédures d’indemnisation longues et coûteuses. C’est en ce sens que le syndicat CGT de Renault s’est indigné que ce soient « l’entreprise et ses salariés qui paient les fautes commises par leurs dirigeants ». Même si Carlos Ghosn et son bras droit, Patrick Pélata, ont renoncé à leur bonus pour 2010, à titre de réparation. Pour sa part, la CFDT a braqué les projecteurs sur le mode de gouvernance de l’entreprise. À l’évidence, il a mal fonctionné. D’ailleurs, le directeur général du groupe a mis, de lui-même, son fauteuil en jeu, démission qui a été refusée par son P-DG. De sorte que les comptes ne semblent pas soldés. C’est ce qu’a voulu signifier Éric Besson, le ministre de l’Industrie, en déclenchant un audit externe afin de déterminer la chaîne exacte des responsabilités.

L’État, même en position d’actionnaire avec la participation de 15 % qu’il détient dans le capital de Renault, est-il le mieux placé pour faire la leçon aux dirigeants d’entreprise ? Au sein de la classe politique, en tout cas, la démission spontanée ne fait pas partie des us et coutumes. Bénéficiaires de très hautes rémunérations qu’ils justifient par le poids de leur charge, les patrons se doivent d’être exemplaires, a fortiori en situation de crise. On ne s’empêchera pas de songer aux récents atermoiements de Didier Lombard, avant qu’il renonce, sous la pression, à un poste grassement rémunéré de conseiller spécial du président de France Télécom, après avoir dû céder les commandes d’une entreprise traumatisée par une vague de suicides puis abandonner la présidence du conseil d’administration de l’opérateur téléphonique.

Mais on se souvient aussi quel’affaire Kerviel s’est soldée par le départ de l’ensemble de la ligne hiérarchique, depuis le responsable direct du jeune trader jusqu’au président de la Société générale, Daniel Bouton. L’année où l’on célèbre les dix ans de la loi sur les nouvelles régulations économiques, qui a instauré les premières obligations en matière de RSE pour les entreprises cotées, force est de constater que le sens des responsabilités n’est pas inscrit dans les gènes de tous les dirigeants.