Entre écoles et facs, l’écart se réduit

Les grandes écoles et les universités ne s’affrontent plus. Au contraire, elles ont vocation à se rapprocher », affirme Éric Parlebas, président de la commission d’accréditation de la Conférence des grandes écoles. Sortir d’HEC ou d’un master Commerce d’une quelconque université serait-il équivalent sur le marché du travail ? « Les universités se professionnalisent et les grandes écoles structurent leur recherche. La compétition internationale fait qu’on ne peut plus opposer les deux modèles », constate-t-il. En jeu, les classements académiques tels que celui de Shanghai qui ne prend pas en compte les grandes écoles, particularité de l’enseignement supérieur français, mais seulement les universités. Résultat, seules 22 de nos universités se glissent dans le top des 500 meilleures mondiales. « Le classement de Shanghai a bouleversé le Landerneau de l’enseignement supérieur. Pour l’intégrer, grandes écoles et université doivent unifier les publications de leurs recherches », estime Éric Parlebas.

Président de la Conférence des présidents d’université, Louis Vogel prêche pour sa paroisse. « Notre différence par rapport aux grandes écoles, c’est que nous essayons toujours d’inciter les étudiants à la recherche, au développement de leur esprit critique. D’ailleurs, l’université construit son offre de masters par rapport aux potentialités de recherche, y compris en master professionnel. » Reste que les universités peinent à jouer la carte de l’international, atout des grandes écoles. Paris-Dauphine est la seule à tirer son épingle du jeu. Elle est la première université française à avoir obtenu, fin 2009, l’accréditation Equis, qui valorise le degré d’internationalisation de 120 établissements supérieurs dans le monde. Parmi eux, 17 français. Dauphine est aussi la seule à avoir acquis, en 2004, le statut de grand établissement, qui valorise les établissements publics les plus prestigieux. Un titre qui lui donne le droit de sélectionner ses étudiants dès la première année, alors que les autres universités s’autorisent à le faire seulement à partir du master I. Car, même si le décret de 2002 qui crée le master ne prévoit pas de sélection à l’entrée, dans la pratique, les universités choisissent de plus en plus leurs étudiants pour l’entrée en bac+ 4.

Paris II en tête des facs pour l’insertion. Mais, en matière d’accès à l’emploi, les autres universités ne sont pas éclipsées par Dauphine. En octobre, pour la première fois, le ministère de l’Enseignement supérieur a publié les taux d’insertion professionnelle des diplômés 2007 des 6 500 masters universitaires, par discipline. En tête de ce classement, Paris II, dont 94,9 % de ses anciens étudiants ont un emploi trente mois après l’obtention de leur diplôme, suivi de Lyon I et de Rennes I. En queue de peloton, la Réunion, avec un taux de 77,6 %. Les universités n’ont pas à rougir de leurs résultats, puisque le taux global d’insertion de leurs étudiants à bac+ 5 est de 91,4 %, très proche des 92 % des anciens élèves des grandes écoles.

Mais l’enquête ne donne aucune indication sur la qualité de l’emploi occupé ni sur la rémunération. Paris-Dauphine, qui a refusé de participer à cette étude, exhibe les résultats de celle de l’Apec sur la promotion 2007 : vingt-quatre mois après la fin de leurs études, 97 % ont accédé à un premier emploi. La rémunération moyenne d’un titulaire de CDI (86 % des diplômés de master) s’élève à 43 000 euros brut par an, primes et rémunération variable incluses. À titre de comparaison, les diplômés du master Management de l’ESCP Europe touchent 44 400 euros de salaire annuel moyen brut à l’embauche. « Le niveau de salaire demandé à la sortie de l’école est un assez bon juge du profil. Par exemple, un généraliste RH tout juste diplômé d’un master universitaire demandera un salaire annuel brut d’environ 30 000 euros ; quelqu’un qui sort du Cifop, davantage », estime Estelle Raoul, directrice au cabinet d’intérim et de recrutement Page Personnel.

Pour autant, entre les diplômés d’un master d’une grande école et ceux d’une université, le choix dépendrait surtout du domaine. Dans celui des ressources humaines, le Celsa, le Cifop et l’ESCP sont privilégiés. Pour le droit des affaires, ce sont les masters de Paris II (Cifop) et de Montpellier. Pour le droit social, c’est plutôt Paris IV (Celsa). Quant aux informaticiens, ceux qui sortent de l’Insa Lyon, Centrale, Epita ou Epitech sont les plus recherchés. Toujours est-il que la carte de visite « grande école » fait son effet au cabinet d’audit et de conseil Deloitte, par exemple, qui recrute entre 800 et 1 000 jeunes diplômés par an. Presque toutes les embauches se font au niveau master, et 60 % des nouvelles recrues sortent d’une école de commerce, 25 à 30 % de Sciences politiques ou d’universités et 10 à 15 % d’une école d’ingénieurs, selon Jean-Marc Mickeler, associé du cabinet. Il recrute donc des étudiants qui sortent d’universités, « mais pas n’importe lesquelles. Nous privilégions Paris-Dauphine et le master Finance de Paris IV (Sorbonne). Ces étudiants ont un profil académique différent puisqu’ils ont appris à travailler dans un autre environnement. Ils apportent une fraîcheur et des points de vue moins convergents ».

Chasse gardée des grandes écoles. Dans le gotha des entreprises, comme le Boston Consulting Group, les grandes écoles disposent d’une véritable chasse gardée. Nicolas Harlé, directeur associé et responsable du recrutement de BCG, embauche une centaine de personnes à temps plein cette année, dont une cinquantaine sorties d’une grande école. Sciences po, l’EM Lyon, l’ESCP, HEC, l’Essec et les grandes écoles d’ingénieurs telles que Supélec, Centrale, les Mines et Polytechnique s’arrachent ces 50 postes, pour lesquels BCG reçoit 6 000 CV. « Encore aujourd’hui, quand je propose un projet, je dois indiquer de quelle école je sors, c’est important », se justifie Nicolas Harlé. Reste malgré tout un argument de taille en faveur des masters en université : mis à part les formations continues, qui reviennent plus cher, ils coûtent à peine 500 euros l’année, Sécurité sociale comprise, contre 11 000 à 14 500 euros pour les grandes écoles de commerce…

Marjorie Nirsimloo 27 ans, actuellement en mastère spécialisé Management agroalimentaire à l’Essec, après avoir été diplômée de l’école d’ingénieurs AgroParisTech.

“L’école d’ingénieurs m’a donné des bases techniques, mais pour prendre du galon plus rapidement ou intégrer un grand groupe d’envergure internationale, j’avais besoin de compétences complémentaires en management. Comme passer par une grande école est un véritable sésame, le mastère spécialisé était la bonne solution. À présent, j’aimerais plutôt travailler dans le commercial, je connais bien le produit et j’ai acquis l’aspect managérial.”

9 critères pour bien choisir sa formation

Grandes écoles ou universités, les neuf critères à prendre en compte, selon Tawhid Chtioui, directeur délégué de l’Institut supérieur de gestion, sont les suivants :

1 Adéquation aux besoins du marché : depuis la crise, les entreprises cherchent davantage des managers responsables, proactifs, capables d’inventer de nouvelles pratiques plus adaptées au contexte actuel mouvant, tournées vers l’international, et valorisent moins les compétences purement techniques.

2 Organisation scientifique : comité composé d’experts du domaine, accompagnement au-delà des cours des intervenants internes.

3 Dimension internationale : elle est incontournable et passe par des stages, des échanges, la diversité des étudiants.

4 Débouchés : se mettre en contact avec les diplômés et demander les chiffres (taux d’insertion professionnelle, par exemple). Si les informations sont difficiles à obtenir, c’est mauvais signe.

5 Responsables de la formation : sont-ils reconnus, dynamiques, disponibles ?

6 Programmes : le nombre d’heures, le contenu (attention aux redondances avec les études précédentes).

7 Nombre d’élèves par classe : l’interactivité n’est pas la même selon qu’il y a 20 ou 35 élèves par classe.

8 Liens avec les entreprises : se renseigner sur les partenariats et sur les embauches proposées les années passées.

9 Modalités de stage : rémunération et durée. Idéalement entre quatre et six mois. À moins de quatre mois, on risque de ne pas trouver de missions intéressantes, à plus de six cela repousserait l’embauche effective du candidat. La période de stage doit coïncider avec celle de recrutement.