Le gardien des syndicalistes FN
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En se qualifiant pour le second tour des cantonales, avec 30,57 % des voix, Thierry Gourlot a porté haut les couleurs du Front national dans le canton mosellan de Saint-Avold-2. Un score très élevé dont se serait bien passée la CFTC, qui compte le candidat frontiste parmi ses adhérents depuis plus de trente ans.

Jusqu’en 2004, l’homme avait même des responsabilités dans la centrale chrétienne, en qualité de secrétaire adjoint du syndicat des cheminots de Metz. Un mandat abandonné lors de sélections régionales, Thierry Gourlot s’étant alors présenté comme tête de liste du parti d’extrême droite. À l’époque, Jacques Voisin s’était fendu d’une lettre à l’intéressé, l’invitant à « démissionner immédiatement » de tous ses mandats. « Vous êtes engagé sous l’étiquette d’un parti dont les prises de position sont à l’inverse de nos valeurs sociales chrétiennes », justifiait le président de la CFTC. En 1986, déjà, la confédération avait demandé sa radiation, pour cause de candidature FN aux élections législatives. En vain.

Rompu aux bras de fer politicosyndicaux depuis vingt-cinq ans, Thierry Gourlot, par ailleurs membre du bureau politique du FN, a le parfait pedigree pour prendre la présidence du Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS). Une structure interne au FN, montée à la va-vite début mars pour contrer les tentatives des confédérations de retirer leurs mandats à leurs militants lepénistes. « On ne peut pas accepter sans réagir que nos adhérents syndicalistes ou syndiqués soient exclus ou persécutés. On entend les rassembler et les défendre. Sinon, à ce rythme-là, nos électeurs n’auront bientôt plus le droit non plus d’être défendus sur leur lieu de travail », s’indigne Thierry Gourlot. Et ce dernier d’assurer que la création du CNDTS ne préfigure en rien le lancement d’une campagne d’immixtion dans les appareils syndicaux. « Le FN n’a jamais eu de stratégie d’entrisme dans les centrales, contrairement aux lambertistes », jure celui qui, en mai 1990, avait pourtant créé un syndicat national CFTC de la surveillance générale de la SNCF.

Face à la montée en puissance du FN, les organisations syndicales sont à la peine. Car toutes savent qu’une partie de leurs troupes, notamment celles frappées par la crise économique, sont tentées par les discours lepénistes. Lors du premier tour des cantonales, 15 % des électeurs se disant proches de FO ont ainsi voté FN, 8 % de ceux proches de la CFDT et de la CFE-CGC en ont fait autant, comme 6 % des sympathisants de la CGT. « On a fait un guide, qu’on va renouveler, expliquant en quoi les solutions proposées par le FN, en matière d’immigration ou de préférence nationale, par exemple, sont dangereuses et inefficaces », indique la secrétaire nationale cédétiste, Laurence Laigo. Et les centrales syndicales, à l’image de la CFDT, de multiplier kits de communication, éditos, lettres et circulaires aux militants, déclarations communes…

Difficile de faire plus. Lors de la dernière campagne électorale, FO et la CGT ont, certes, démis de leurs fonctions deux militants se présentant sous les couleurs lepénistes. À savoir Annie Lemahieu, déléguée régionale de la Fédération FO de la défense, et Fabien Engelmann, secrétaire CGT du syndicat des territoriaux de la mairie de Nilvange (Moselle). Mais rien ne dit que ces évictions, prononcées au nom du respect des statuts et règlements internes, tiendront devant le juge. Les syndicats, qui en ont pleinement conscience, croisent les doigts. Le Front national, lui, se délecte déjà des actions juridiques à venir. Tout comme le secrétaire général du nouveau CNDTS. Un certain… Fabien Engelmann, qui a promis de saisir les tribunaux.

THIERRY GOURLOT

Président du Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS).

DEPUIS 1980

Adhérent à la CFTC. A été secrétaire adjoint du syndicat des cheminots de Metz.

1995-2001

Conseiller municipal FN de Metz.

DEPUIS 1998

Conseiller régional FN de Lorraine.