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Politique sociale

Les chômeurs grands perdants

Politique sociale | publié le : 01.10.2010 | Thomas Schnee

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La réponse des syndicats et des partis d’opposition au plan d’austérité annoncé en juin dernier par le gouvernement Merkel ne s’est pas fait attendre. Le 12 juin, deux manifestations réunissaient plusieurs dizaines de milliers de personnes à Stuttgart et à Berlin derrière le slogan « Nous sommes tous des Grecs ! », les manifestants estimant que les plus faibles n’ont pas à supporter les conséquences du creusement des déficits publics provoqué par la crise du monde financier. Faire payer les plus démunis, c’est pourtant l’option la plus marquante du plan d’Angela Merkel. Sur les 80 milliards d’euros d’économies à réaliser jusqu’en 2014, environ 30 milliards proviennent de la suppression d’allocations diverses aux chômeurs et bénéficiaires de l’aide sociale ! Par exemple, les allocations retraite et chauffage, ou encore le droit au congé parental. Parallèlement, 10 000 à 15 000 postes vont être supprimés dans la fonction publique.

Pour Andrea Nahles, secrétaire générale du SPD, ces mesures sont « particulièrement lâches puisqu’elles épargnent les responsables de la crise et rasent les plus démunis ». Les syndicats, eux, se sont engagés sur le sentier de la guerre en lançant de grands mouvements de manifestations dès la rentrée sociale afin de protester contre ce « plan sans perspectives d’avenir » et contre certaines mesures aussi injustes qu’arbitraires. L’Agence fédérale pour l’emploi doit ainsi économiser plusieurs milliards d’euros en « augmentant son efficacité », annonce le plan. Concrètement, l’État fédéral espère économiser près de 2 milliards d’euros en fermant le robinet de la formation et en laissant aux conseillers à l’emploi la liberté de décider de l’accès aux mesures de formation et de réinsertion : « Il est impensable qu’en pleine crise on économise là où les gens ont besoin d’argent pour se former et retrouver un emploi », s’insurge Annelie Buntenbach, membre du conseil d’administration de l’Agence fédérale mais aussi du directoire de la Confédération des syndicats allemands (DGB).

Charges inégalement réparties. Fait inhabituel, des critiques identiques sont venues des rangs de la majorité conservatrice. D’éminents représentants du parti de Mme Merkel estiment aussi que les charges sont inégalement réparties. Tel Norbert Lammert, président du Bundestag, qui a demandé que les plus hauts revenus apportent leur contribution via le relèvement du plafond de l’impôt. Ou Christian Baümler, vice-président de la commission des affaires sociales de la CDU, pour qui « ceux qui sont touchés sont ceux qui n’ont pas de lobby pour les défendre », évoquant le monde de la finance, dont la contribution doit s’élever en principe à 6 milliards d’euros sur trois ans via une taxe qui reste encore à inventer… Mais, face à ces critiques, l’inflexible ministre des finances, Wolfgang Schaüble, n’a pas plié. Le gouvernement s’est contenté de répondre que le plan d’austérité ne créait « aucun déséquilibre social » puisque l’effort demandé au ministère de l’Emploi et des Affaires sociales, qui reçoit près de 50 % du budget de l’État, ne s’élevait qu’à 30 % des économies requises.

3 questions à Michel Husson, économiste à l’Ires
“Inédite, la simultanéité de ces plans a un effet démultiplicateur sur l’activité”

Ces grandes cures d’austérité européennes vont-elles avoir un impact sur l’emploi ?

Réduire les dépenses publiques, les budgets sociaux, les transferts vers les collectivités… produit un effet dépressif et l’emploi est évidemment touché. L’autre moyen pour réguler les budgets est d’augmenter les dépenses. Mais ce n’est pas l’orientation choisie. Quoi qu’il en soit, il existe un consensus assez large des économistes pour dire que ces restrictions budgétaires sont calibrées sur une période trop courte, ce qui accroît les risques sur l’activité. En outre, et c’est inédit, la simultanéité de ces plans a un effet démultiplicateur. Par le passé, certains pays ont réduit considérablement leur dette, mais ces politiques, décidées isolément, ont eu des effets locaux. Là, les problèmes se transmettent d’une économie à l’autre et augmentent le risque de divergences, notamment entre l’Allemagne et la France.

Le plan de rigueur français est-il en deçà de celui de nos voisins ?

Comparé à la Grèce ou à certains Peco comme la Roumanie, qui ont réduit drastiquement les salaires des fonctionnaires, nous sommes évidemment loin du compte. Dans les années 30, le plan Laval avait baissé les salaires des fonctionnaires français de 10 %. C’est inconcevable aujourd’hui.

Face à l’éventualité d’une fronde sociale, les pays seront-ils en mesure d’appliquer leurs mesures ?

Dans ces programmes de restriction, il y a bien sûr l’idée de rassurer les marchés financiers. Ensuite, l’aspect politique entre en ligne de compte. Les gouvernements ont du mal à mesurer la capacité de résistance de la rue. En France, typiquement, le gouvernement a fait machine arrière sur la suppression de la niche fiscale concernant l’allocation logement des étudiants. Tous comptes faits, le jeu ne valait sans doute pas le risque d’un mouvement étudiant. En Grèce, si le gouvernement se met à appliquer son plan à la lettre, il mettra le pays à feu et à sang. Tout dépend également du contexte électoral. Au Royaume-Uni, la coalition au pouvoir fraîchement élue peut se permettre de proposer un plan et un projet de « big society » beaucoup plus brutal.

Propos recueillis par S. F.

Auteur

  • Thomas Schnee