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Comment nos voisins font face au stress

Dossier | publié le : 01.01.2010 | Cécile Thibaud

La prise de conscience par les États des risques psychosociaux et les politiques pour y remédier sont très inégales.

Les Espagnols fragilisés

En dépit de lois protectrices, les atteintes à la santé mentale des salariés pèsent lourd. Même si la crise fait passer la question au second plan.

Le stress ? On n’a plus le temps d’y penser », affirme Amalia. Elle est responsable du marketing dans une entreprise de conseil en immobilier de bureaux, un secteur frappé de plein fouet par la crise. « L’ambiance est détestable, on a l’impression de jouer aux “10 Petits Nègres”, raconte-t-elle. Le pire, c’est que la seule chose qu’on peut se dire pour se consoler, c’est qu’on a de la chance d’être encore là. » Alors que le taux de chômage est proche de 20 % en Espagne, la question des risques psychosociaux est passée à l’arrière-plan. Et pourtant, l’insécurité professionnelle croissante fragilise un peu plus les salariés qui, selon un récent sondage, se déclarent à 70 % persuadés que les discriminations pour raison d’âge ou de sexe sont en augmentation. « Tandis que le nombre d’arrêts de travail baisse, les diagnostics d’anxiété liés au harcèlement au travail sont au contraire en pleine augmentation », constate Juan Téllez, médecin spécialiste des troubles mentaux liés au travail.

Selon l’observatoire permanent de risques psychosociaux du syndicat UGT, les problèmes liés à la santé mentale sont la quatrième cause des arrêts de travail. Depuis 1995, la loi sur la prévention des risques au travail et le règlement des services de prévention donnent obligation aux entreprises de mettre sur pied des mécanismes de détection et d’agir en « adaptant le travail à la personne ». De façon plus spécifique, la loi d’égalité de 2007 protège expressément les femmes de toute discrimination. Elle impose aux établissements de plus de 250 salariés la réalisation d’un diagnostic sur les pratiques au sein de l’entreprise et la négociation d’un plan d’égalité afin de favoriser l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Le gouvernement prépare une nouvelle loi antidiscrimination qui devrait étendre la protection à d’autres populations fragilisées, comme les immigrés ou les plus de 50 ans.

Longues journées de travail. Malgré ces dispositifs légaux, « l’image de l’Espagne comme pays du bien-vivre est une illusion, en tout cas au niveau de l’entreprise », affirme Javier Torres, responsable de la santé au travail au syndicat Commissions ouvrières, qui présente comme principaux obstacles les très longues journées de travail rendant difficile la conciliation avec la vie personnelle, le taux d’emploi précaire très élevé, à plus de 30 %, empêchant l’épanouissement des salariés. « Traiter de la question des risques psychosociaux d’un point de vue strictement légal, avec des lois contre la discrimination ou le harcèlement, est nécessaire mais pas suffisant, souligne Salvador Moncada, de l’Institut syndical de travail et santé. S’il y a discrimination ou harcèlement, c’est, dit-il, parce que l’ambiance de l’entreprise et son organisation du travail les permettent. Le harcèlement est un des symptômes. Il faut s’attaquer aux origines du problème pour mieux prévenir, insiste Moncada. Le problème est l’exposition au risque, c’est-à-dire l’organisation du travail. Et ouvrir le débat est compliqué dans un pays où le patronat opte pour la compétitivité à base de réduction des coûts et non pas en misant sur la valeur ajoutée. »

70 % des salariés se disent persuadés que les discriminations pour raison d’âge ou de sexe sont en hausse. Les problèmes liés à la santé mentale sont la quatrième cause des arrêts de travail

Auteur

  • Cécile Thibaud