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Enquête

Les solvants mis aux oubliettes

Enquête | publié le : 02.02.2010 |

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Revêtement industriel a tourné le dos aux solvants chlorés. L'entreprise alsacienne de traitement de surfaces métalliques a banni, depuis maintenant six ans, le perchloroéthylène. Ce produit connu du grand public pour sa présence dans les pressings, elle-même l'a utilisé pendant quarante ans au début de son process, afin de dégraisser les objets avant de les revêtir d'un traitement anticorrosion. Or, il a été entretemps classé cancérogène, dans la catégorie 3, la moins nocive, correspondant aux substances « à effets cancérogènes suspectés ».

La PME a remplacé l'intégralité des 140 tonnes annuelles consommées par une technologie étiquetée «propre», un système d'aspersion par des solutions alcalines. Et ce, de son propre chef, sans attendre l'interdiction - le produit étant toujours autorisé à ce jour, avec les mêmes valeurs limites d'exposition et sous condition de moindres rejets de composés organiques volatiles (COV).

Le choix de la substitution

« L'alternative était : substituer le solvant ou continuer à l'utiliser en l'adaptant aux contraintes réglementaires croissantes pour son utilisation. Nous avons opté pour la première solution, par principe, et aussi avec la conviction qu'elle était plus durable et meilleure pour le personnel, sans être nécessairement plus coûteuse », expose Jean Ferrez, responsable chimie de l'entreprise.

Dans sa recherche, Revêtement industriel a été assisté par la Cram Alsace-Moselle, dans le cadre d'un contrat de prévention. La PME a tenu informé son CHSCT, sachant que la question des risques liés au solvant était débattue parmi les salariés, sans être toutefois spécialement sensible.

Contrainte de place

Les substituts ne manquaient pas sur le papier, mais l'entreprise a dû restreindre son choix en raison d'une contrainte de place. « Toutes les technologies requéraient des installations de traitement plus longues. Comme nos locaux ne sont pas extensibles à l'infini, il a fallu choisir l'une des moins gourmandes en espace. »

L'option finale la satisfait. Mais elle ne constitue pas la solution miracle : « C'est plus lourd à gérer », observe Jean Ferrez, qui cite le surplus d'analyses, de suivi technique et de déchets. Autre effet induit : elle rejette davantage de C02, du fait qu'elle a nécessité de faire passer le chauffage de l'électrique au gaz et dans des quantités nettement supérieures. D'autres mesures de réduction des émissions ne suffisent pas à compenser complètement. Mais, entre les deux formes de rejets, l'entreprise a donné la priorité à la suppression des COV générés par les solvants.

Revêtement industriel a pratiqué une autre substitution en parallèle : les solvants pour le vernissage, non cancérogènes mais estampillés inflammables et nocifs à l'inhalation, ont cédé la place à une solution hydrosoluble, à base d'eau, taillée sur mesure par le fournisseur.

Aide financière de la Cram

Au total, les deux opérations ont mobilisé 610 000 euros en études et renouvellement de matériel, dont 20 % d'aides de la Cram, de l'agence de l'eau Rhin-Meuse et de l'Ademe. Le surcoût d'exploitation engendré a été accepté par le client dominant.

Face à lui, l'entreprise met en avant la réduction du « coût social induit », non mesurable, qui se traduit par la disparition du risque cancérogène, mais aussi moins d'odeurs désagréables et moins de risques d'incendie.

REVÊTEMENT INDUSTRIEL

• Activité : traitement de surfaces sur acier par électrozingage et vernissage.

• Effectifs : 55 salariés.

• Chiffre d'affaires 2008 : 4,7 millions d'euros.