Les cadres globalement satisfaits de leur semaine de quatre jours

Depuis le 11 septembre, l'ensemble des sites tertiaires de Renault - le siège de Boulogne-Billancourt (92), les établissements administratifs et d'ingénierie, ainsi que les directions régionales - vivent au rythme de la semaine de quatre jours. En application de son «contrat social de crise», signé en mars dernier, le constructeur a, en effet, étendu les mesures de chômage partiel à ses 17 000 ingénieurs, cadres et techniciens au forfait. « Contrairement à celle des sites industriels, l'activité des sites tertiaires n'est pas directement corrélée aux fluctuations des commandes. C'est donc une estimation de la baisse d'activité globale sur l'année qui a été évaluée, soit 19 jours chômés répartis sur les vendredis des quatre derniers mois de l'année, le 12 novembre, et trois jours fin décembre », explique-t-on chez Renault.

Grâce à cette mesure, le constructeur devrait réaliser une économie de 100 millions d'euros en cotisations sociales non versées. Alors que l'accord approche de son terme, la nouvelle organisation du travail «de crise» donne globalement satisfaction. La principale crainte des syndicats, qui avaient exigé des garanties de la part du constructeur, concernait les surcharges d'activité susceptibles d'être entraînées par la réduction du nombre de jours travaillés. Or, exception faite de quelques «points noirs», en particulier les services achats qui travaillent étroitement avec les filiales étrangères de Renault, le plan de charges semble avoir été bien adapté.

Gel ou report de projets

« L'organisation du travail s'est équilibrée, conformément à ce qui avait été annoncé par Carlos Ghosn, à savoir le gel ou le report d'un certain nombre de projets », explique Dominique Chauvin, délégué central de la CFE-CGC, qui souligne que la direction avait tout à gagner à assurer un rééquilibrage efficace. « Dès le dernier paraphe apposé sur l'accord, chaque direction a amorcé une réflexion sur la simplification de ses processus internes, explique, de son côté, le constructeur. L'ensemble des travaux ont, par la suite, été présentés en CHSCT. »

Une réflexion qui n'est pas totalement nouvelle chez Renault : à la suite de la série de suicides qui a endeuillé le Technocentre de Guyancourt (78), entre 2006 et 2007, chaque direction d'ingénierie (1 000 salariés environ) s'est, en effet, vue dotée d'un adjoint «charges ressources». « Ces experts de l'équilibre des plans de charges ont notamment participé à l'organisation de la semaine de quatre jours, précise le constructeur. Il fallait, en particulier, veiller aux écarts de charges entre les services dont les projets se trouvaient reportés et les autres. » Symbole de cet état d'esprit, une des trois journées de formation prévues par l'accord sur les périodes chômées est consacrée à la gestion du temps.

Maintien d'activité sur deux sites

« Reconnaissons aussi honnêtement que les cadres, qui n'ont pas eu à subir de pertes de salaire*, ont largement profité, pendant leurs week-ends de trois jours, de l'automne magnifique que nous avons eu cette année, relève Dominique Chauvin. Un facteur qui a clairement contribué à la bonne acceptation de la nouvelle organisation. » Au point que le délégué syndical estime qu'il sera indispensable de prévoir, tôt ou tard, un mécanisme de compensation à l'égard de ceux - cadres de l'usine de Flins (78) ou du centre de pièces de rechange de Cergy-Pontoise (95) - qui n'ont pas, ou peu, utilisé l'accord, du fait du maintien de leur activité. « Privés de primes de performance du fait des résultats de l'entreprise, ces cadres ont travaillé à plein temps pour un salaire identique à celui de ceux qui ont bénéficié d'une semaine de quatre jours », rappelle le délégué syndical.

Vers une reconduction du dispositif

Profitant de l'ouverture des NAO, le 26 novembre dernier, les partenaires sociaux s'acheminent vers la reconduction d'un dispositif similaire pour 2010. Ce nouveau « contrat social de crise » qui devrait être signé d'ici à la mi-décembre, devrait entériner la fin de la semaine de quatre jours pour les cols blancs. « Un signal fort de la volonté de l'entreprise de réengager des projets, de R & D notamment, pour préparer l'avenir », remarque Dominique Chauvin. Direction générale et syndicats sont, cependant, d'ores et déjà tombés d'accord pour introduire dans le texte l'éventualité d'un nouveau recours au chômage partiel pour les cadres. Une « précaution d'usage », explique Dominique Chauvin : « Mieux vaut, en effet, prévoir une éventuelle rechute de la situation de la filière automobile que de devoir s'organiser dans l'urgence. »

* Le maintien du salaire net des cadres et ingénieurs de la métallurgie est garanti pendant les périodes de chômage partiel par la convention collective.