General Electric crève le plafond de verre pour ses Etam
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Si proches des cadres et pourtant si loin. Les Atam (administratifs-techniciens-agents de maîtrise) de General Electric Energy, à Belfort, n'échappent pas au paradoxe bien connu de cette catégorie de personnel, exprimant le sentiment d'un manque de reconnaissance morale et pécuniaire. « Nous effectuons souvent un travail équivalant à celui d'un ingénieur, mais sans le salaire correspondant. Nous souffrons aussi d'une méconnaissance de notre statut par les managers : ils considèrent que, comme des cadres, nous ne comptons pas notre temps, que nous sommes instantanément mobiles, etc. », témoigne Denis Boudot, chargé d'affaires.

D'autant plus frustrant, souligne-t-on côté syndicats, que cette population, à l'ancienneté supérieure à la moyenne, « reste marquée par la restructuration du début des années 2000 à laquelle elle a payé le tribut le plus lourd », selon André Pellegrini, secrétaire (CGT) du CE. Cette population avait alors perdu près de 200 personnes en deux ans. Depuis, elle s'est stabilisée à 300, mais comme, dans le même temps, les embauches se sont concentrées sur les ingénieurs et cadres, sa part est tombée de 27 % à 15 %. La proportion actuelle reste conséquente « et se priver de la motivation d'un sixième du personnel n'est jamais bon », reconnaît Vincent Riss, DRH du site.

GE Belfort a donc engagé un vaste chantier correctif accompagné par Hay Consulting. «TrajectoireS Atam» a débuté au second semestre 2008 par une enquête qui a déterminé quatre thèmes transversaux : mobilité, rétribution, reconnaissance, carrière. Ils ont été approfondis, durant le premier semestre 2009, dans dix groupes de travail réunissant, durant le temps de travail, les représentants volontaires de cette catégorie, les managers et responsables RH, avec restitution trimestrielle au CE. Une centaine d'Atam y ont participé, soit un sur trois. « La discussion a été libre, on a joué cartes sur table », estime Joëlle Zumbihl, logisticienne.

Trente-sept mesures

Ultime étape, le plan d'action passe au concret depuis cet automne. Il comprend 37 mesures à installer en six mois environ. « 100 % des propositions des groupes ont été retenues », relève Vincent Riss. L'une des premières déjà en oeuvre est aussi la plus spectaculaire et la plus marquante puisqu'elle touche le nerf de la guerre : deux nouveaux coefficients (425 et 455) ont été créés de façon à dépasser le dernier échelon de la convention collective de la métallurgie. Deux premiers Atam en ont bénéficié en octobre. « Concrètement, leur salaire s'aligne sur celui d'un jeune ingénieur nouvellement embauché ou d'un cadre avec quelques années d'ancienneté », expose Patrick Monin, délégué CFE-CGC.

La mesure doit tirer tout un train de changements touchant aussi bien l'état d'esprit des managers que les outils RH, « afin de traduire concrètement la valeur du savoir-faire technique des Atam », selon Vincent Riss. Le DRH concède que nombre de ces outils ont été trop souvent pensés en fonction des seuls ingénieurs et cadres.

Refonte du système d'évaluation

L'entreprise rectifiera les écarts de rémunération entre collègues grâce à son nouvel instrument de mesure, « objectif et transparent », basé sur l'analyse de la grille des salaires. Elle ouvrira des formations jusqu'alors réservées aux cadres. A la satisfaction des syndicats, elle va refondre son système d'évaluation, et les Atam en attendent une meilleure adéquation avec leur réalité. « L'évaluation est trop centrée sur les objectifs, pas assez sur les tâches à accomplir au quotidien », juge Joëlle Zumbihl.

Aux chapitres mobilité et carrière, TrajectoireS Atam doit susciter une réécriture des fiches de poste davantage en adéquation avec cette catégorie, de même qu'une « revue de personnel plus intense » afin de détecter des potentiels de promotion. L'initiative donne la possibilité d'adopter le statut cadre, ce qui a déjà concerné deux Atam, mais il n'est pas sûr que tel soit le désir majoritaire, estime Denis Boudot, qui en souligne les « nombreuses contraintes ».

Par ailleurs, ce plan d'action a également créé de l'envie à l'échelon inférieur, parmi les opérateurs. Vincent Riss ne le vit pas comme l'ouverture dangereuse d'une boîte de Pandore : « Au contraire, c'est une excellente chose. »

L'essentiel

1 Nombre d'Atam (administratifs, techniciens, agents de maîtrise) de General Electric Energy, à Belfort, effectuent des tâches proches de celles réalisées par les ingénieurs. Mais, ils souffrent d'un manque de reconnaissance.

2 C'est pourquoi un vaste chantier «TrajectoireS Atam», auquel une centaine d'Atam ont participé, a été mis en place à partir de mi-2008.

3 Le plan est mis en oeuvre depuis cet automne. Il ne compte pas moins de 37 mesures concernant, notamment, la rémunération, la formation, l'évaluation et les promotions.