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TÊTE DE GONDOLE Christophe Rioux, Flammarion, 290 pages, 19 euros.

Enjeux | Livres | publié le : 16.06.2009 |

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TÊTE DE GONDOLE Christophe Rioux, Flammarion, 290 pages, 19 euros.

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Qu'un économiste se mêle d'écrire un roman, voilà qui n'est pas banal, mais qu'il écrive un roman iconoclaste dont l'épilogue reprend le slogan situationniste de Guy Debord : « Ne travaillez jamais ! » est encore plus étonnant.

Tête de gondole est un polar qui s'inscrit dans la veine récente des «romans d'entreprise». Le héros, Victor, agrégé de lettres modernes démissionnaire, trouve un emploi de vendeur au rayon livres d'un hypermarché. Profondément épris de littérature et, par ailleurs, plutôt débrouillard, il invite à une séance de dédicace un romancier qu'il admire. Le succès de l'opération le promeut dans la hiérarchie. Mais sa charge de travail et son maigre salaire le poussent à vivre jour et nuit dans le magasin. C'est alors qu'une nuit, il surprend une «voleuse» qui hante le supermarché. Elle y sème la pagaille, qu'elle justifie par de solides convictions politiques révolutionnaires. Et notre cadre impétrant tombe bien entendu amoureux...

La suite est l'histoire d'un démolissage en règle d'un univers professionnel cynique - où les caissières sont exploitées sans vergogne puis remplacées par des robots - et d'un milieu où la seule éthique est celle du profit. Enfin, que patrons et sbires de la sécurité y laissent leur peau tandis que le capitaliste véreux finit sous les verrous est la règle du genre. L'originalité de l'ouvrage tient à la description de l'univers impitoyable de la grande distribution, où les salariés sont si déshumanisés que le garçon boucher, décervelé par la routine, finit par mettre en barquettes les cadavres cachés dans le frigo derrière des carcasses de viande...

Christophe Rioux enseigne l'économie à la Sorbonne ainsi que dans des grandes écoles, en France et à l'étranger.