États-Unis Le Congrès bannit les étrangers du recrutement des banques aidées

La tentation protectionniste fait discrètement son entrée chez l'Oncle Sam. La loi de relance, baptisée American Recovery and Reinvestment Act, signée par le président Barack Obama le 17 février dernier, comprend, en effet, un amendement rendant beaucoup plus difficile, voire impossible, l'embauche de salariés étrangers dans les grandes banques.

Cet amendement, appelé aussi «made in America», a été soutenu au Sénat par Bernard Sanders, le seul élu «socialiste» du Congrès, inscrit comme indépendant dans l'Etat du Vermont. Bernie Sanders a demandé à ce que les banques bénéficiaires des largesses de l'Etat - Bank of America, Citigroup, JP Morgan Chase, Wells Fargo, PNC... - n'embauchent, pendant deux ans, que des Américains «bon teint», à moins qu'elles ne puissent prouver que le candidat étranger ne remplace pas un autochtone. « Les grandes banques ont absorbé 150 milliards de dollars de subsides publics, souligne Bernie Sanders, et, dans le même temps, elles ont licencié, au cours des trois derniers mois de 2008, plus de 100 000 personnes. Quand on a autant d'employés de banque au chômage, il est absurde de dire que ces entreprises ne peuvent pas trouver de personnels qualifiés américains. Le moins qu'on puisse faire, c'est de refuser l'importation d'une main-d'oeuvre moins chère pendant qu'on jette à la rue les salariés locaux. »

Annulation d'offres

Les diplômés étrangers des grandes écoles de commerce de Harvard, du MIT, de l'université de Pennsylvanie, les as de la programmation, les spécialistes de l'ingénierie... ont déjà senti le vent tourner sur les campus lorsque les recruteurs de Bank of America ont annulé les offres d'embauche, promises pour la fin de l'année universitaire. Et pour cause. « C'est devenu presque impossible de sponsoriser un étudiant étranger », explique Jim Alexander, un spécialiste de l'immigration du cabinet juridique Maggio Kattar. L'obtention du précieux visa H1B, permettant de travailler aux Etats-Unis, est désormais liée à tant de préalables que les directions des banques s'inclinent. Il faut, en effet, prouver que l'organisme financier n'a pas licencié de personnel qualifié 90 jours avant l'embauche «du travailleur invité» et que personne ne sera renvoyé dans les 90 jours suivants. « C'est une bien trop grosse paperasserie pour que les banques s'obstinent », juge Jim Alexander.

Effet négatif pour l'image des universités

« Nous décourageons le commerce international des cerveaux au moment même où nous en avons le plus besoin », regrette l'avocat. Angello Paparelli, du cabinet Seyfarth Shaw, juge, lui aussi, très « peu sage » l'amendement «made in America» : « Nous allons provoquer la colère des autres nations. Elles aussi vont vouloir favoriser l'emploi des personnels locaux et cela aura un effet négatif sur la mobilité dans le monde. Imaginez Barack Obama, à la réunion du G20, conseiller aux autres pays de s'abstenir d'avoir un réflexe protectionniste ! »

L'amendement de Bernie Sanders a donc bien du mal à passer chez les spécialistes de l'immigration. Même si certains ont déjà repéré les moyens de le contourner. On peut toujours, en effet, embaucher un étranger, à condition qu'il passe un an en dehors des frontières américaines, dans une filiale internationale.

Le nombre de diplômés concernés, titulaires d'un MBA ou d'un doctorat, est relativement faible. La Sloan School du MIT ne distribuera ses diplômes 2010 qu'à 274 étudiants venus d'ailleurs, et ils ne sont que 297 à la Harvard Business School. Mais la mesure est symbolique. Elle ternit l'image mondiale des grandes universités américaines.