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Renault Sandouville au bord de la crise de nerfs

Les pratiques | Retour sur... | publié le : 28.10.2008 |

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«Il y a un avenir à long terme à Sandouville. » Ces propos, tenus le 6 octobre dernier par Carlos Ghosn, Pdg de Renault, lors de la visite de Nicolas Sarkozy sur le site normand du constructeur automobile, avaient pour but de rassurer les 3 700 salariés. Ce n'est pas certain qu'il y soit parvenu. Il faut dire que, depuis plus de deux ans, leurs nerfs sont mis à rude épreuve. Dernier épisode en date : l'annonce du plan de départs volontaires concernant 4 900 postes en France dont 1 000 à Sandouville (Seine-Maritime).

180 000 Laguna III espérées

Il faut remonter au 9 février 2006 pour comprendre l'amère désillusion des salariés. Alors, le nouvellement nommé Carlos Ghosn présentait son plan Contrat 2009. « Au programme : faire de la Laguna III l'une des trois voitures les mieux vendues en France dans sa gamme. A la clé, la perspective d'une production de 180 000 voitures par an. Tout allait donc pour le mieux », se souvient Fabrice Le Berre, secrétaire adjoint au comité central d'entreprise (CGT). A l'automne 2007, la nouvelle version de la Laguna est lancée ; 400 intérimaires et une centaine de CDD sont appelés en renfort. Une équipe de nuit sur la chaîne est même mise en place en janvier pour faire encore plus de volume ; 500 personnes s'y activent.

Oublié, le début d'année 2007 où les salariés étaient obligés de prendre par anticipation leurs jours de RTT pour éviter le chômage partiel. Une opération rendue possible par un avenant à l'accord sur la réduction du temps de travail, signé en janvier 2007, par la CFDT et la CFE-CGC, permettant aux salariés d'utiliser jusqu'à 40 jours de RTT et de formation en 2007, 2008 et 2009.

80 000 modèles vendus en 2008

Mais voilà, après l'euphorie de l'automne 2007, Sandouville commence à déchanter. « Les premiers retours sur la Laguna III se sont fait sentir début 2008. Le marché n'était clairement pas au rendez-vous », explique Patrick Mériat, secrétaire de la section CFE-CGC de l'usine. Et pour cause ! « Il ne se vendra que 80 000 modèles sur l'année », avance Fabrice Le Berre. Pas mal de choses sont donc revues à la baisse. Première victime : l'équipe de nuit, supprimée. S'ensuivent cinq jours de chômage partiel en février, puis de cinq autres en mars. Jusqu'à 10, les salariés ne subissent aucune perte de salaire. « Ces jours de chômage sont à rembourser sous différentes formes : allongement de la journée de travail, travail du samedi... », précise Fabrice Le Berre. Sauf qu'au 1er septembre, les salariés cumulaient quarante-deux jours de chômage partiel. Largement hors des quotas prévus par l'accord de flexibilité de 2007. Du coup, les salaires chutent de 25 %.

Fermeture

Le coup de grâce arrivera en été avec l'annonce du plan de départs volontaires. Débrayages, manifestations... La question de la fermeture du site est sur toutes les lèvres. C'est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy a fait le déplacement sur le site, le 6 octobre dernier. L'Etat, actionnaire à 15 % du capital du constructeur, entre ainsi dans la danse. Le président de la République annonce alors deux mesures : de la formation professionnelle pour les salariés au chômage technique, effective normalement d'ici à la mi-novembre, et l'ouverture du contrat de transition professionnelle sur le bassin en janvier 2009. Ce dispositif, testé depuis 2006 sur sept sites industriels et réservé jusque-là aux PME, propose aux salariés menacés de licenciement économique un revenu de remplacement de 80 % du salaire brut pendant maximum douze mois. « Des solutions parmi d'autres, mais qui ne suffisent pas », souligne Patrick Mériat, qui réclame que soit évoquée la question de la pénibilité. « On a des ouvriers, ici, qui sont à la chaîne depuis trente ans, pour qui il faut trouver une porte de sortie », signale-t-il. Il compte, pour cela, sur les rencontres organisées depuis début octobre avec le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez. Rencontres faisant suite à la venue de Nicolas Sarkozy.

Volontaire aujourd'hui, chômeur demain

Pour l'heure, les tensions ne sont pas retombées. La CGT projette une action en justice pour faire qualifier le plan de départs volontaires en PSE. De leur côté, les salariés doutent que le nombre de 1 000 candidats au départ soit atteint. Pour nombre d'entre eux, être volontaires aujourd'hui équivaut à être chômeurs demain. Une perspective fort probable, surtout au regard du taux de chômage dans ce bassin d'emploi flirtant avec les 12 %, largement au-dessus de la moyenne nationale. Seul salut : la production d'un nouveau véhicule utilitaire, promis par Carlos Ghosn pour 2012. Mais, comme le souligne Fabrice Le Berre : « En attendant, on fait quoi ? »