Un accord qui doit encore faire ses preuves

En avril 2005, Rhodia signe avec l'Icem, la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l'énergie et des mines, un «Accord mondial d'entreprise socialement responsable». Pour l'ensemble de ses filiales dans le monde, le groupe chimiste promet de respecter les standards sociaux de l'OIT et de l'ONU, et des engagements propres dans huit domaines : santé et sécurité, mobilité et employabilité, protection sociale, lutte contre les discriminations, relations avec les fournisseurs et les sous-traitants, maîtrise des risques et respect de l'environnement, dialogue social et dialogue civil. « C'est un cadre d'engagement global qui fait partie intégrante de notre démarche de développement durable », indique Jacques Kheliff, directeur du développement durable de Rhodia.

Bilan difficile

Deux ans après la signature de l'accord, il apparaît difficile d'en dresser un bilan. Rhodia ne communique aucun élément concret qui permettrait de mesurer sa mise en application. Dans son rapport annuel de développement durable, le groupe présente des indicateurs sécurité, sociaux et environnement globaux, qui ne permettent pas d'apprécier l'évolution de la situation pays par pays. L'accord prévoit pourtant un suivi annuel à partir d'indicateurs spécifiques. Ceux retenus pour examiner la situation des salariés et du dialogue social sont succincts : il s'agit de la mobilité interne, de la formation professionnelle et des structures de dialogue.

« Nous avons convenu avec l'Icem de procéder étape par étape. L'accord doit trouver une application contextuelle dans chaque pays. L'idée est de le décliner en négociant des accords régionaux, explique Jacques Kheliff. Rhodia aurait pu se contenter d'une simple charte ou d'un accord avec les organisations syndicales de la maison mère. Au lieu de cela, le groupe s'est engagé à un moment où il était en très grande difficulté. Rhodia est, par ailleurs, le seul groupe chimique à avoir conclu un tel accord. » Reste que les engagements sont généraux. Le groupe affiche des objectifs tels que l'amélioration «en continu» de ses résultats de sécurité, la création d'un «cadre de travail respectueux de la santé» du personnel ou, en cas de restructuration, la mise en place de «démarches susceptibles d'en limiter l'impact sur l'emploi et les conditions de travail».

Passage au concret

Le chimiste assure qu'il entrera dans le concret cette année. Une délégation composée de membres de l'Icem et de Rhodia devrait se rendre en Chine, puis aux Etats-Unis. « L'Icem pourra rencontrer le management et les salariés de nos sites et identifier les améliorations à réaliser, précise Jacques Kheliff. En Chine, où il n'y a aucune instance représentative du personnel, nous voulons, par exemple, travailler sur la question dans le domaine de l'hygiène, de la santé et des conditions de travail. Aux Etats-Unis, l'accord devrait faciliter les relations entre management et syndicalisme. » Le directeur du développement rappelle que, conformément à ses engagements, Rhodia a, par ailleurs, créé un comité de déontologie. Composé de cinq personnes et installé au siège, il est chargé de faire des recommandations à la direction générale à chaque fois qu'un salarié l'interpelle sur un dysfonctionnement. Depuis sa création, en 2005, le comité a été saisi trois fois. Cette procédure ainsi que l'accord signé avec l'Icem, et traduit en cinq langues, figurent sur le site Internet du groupe.

Réserve des syndicats

De leur côté, les organisations syndicales françaises demeurent réservées. « Nous n'avons aucun retour sur cet accord », indique Pierre Josselin, coordinateur groupe CGT-FO. Le comité d'entreprise européen s'apprête à demander à la direction un bilan pour le mois de juin, sans trop en attendre. « Ce type d'accord, c'est bien, ça donne l'image d'une boîte qui fait bien son boulot, et c'est d'ailleurs plus ou moins le cas chez Rhodia, qui applique à ses salariés les mêmes procédures dans toutes ses filiales. Mais ça ne va pas plus loin. Ce sont des promesses très générales, qui ne sont pas assorties d'actions concrètes. Nous nous en servons parfois en négociation pour rappeler à la direction qu'en prenant telle ou telle décision, elle entrerait en contradiction avec ses engagements, surtout en matière de dialogue social et de démarche participative », commente Maurice Tritsch, secrétaire CFDT du CE européen. Et de conclure, moqueur : « Et j'espère bien que Rhodia respecte les standards sociaux internationaux qu'elle cite dans l'accord ! »

Rhodia

> Activité : chimie de spécialités.

> Effectifs : 16 000 salariés dans 80 pays en Europe, Amérique du Sud, Amérique du Nord et Asie-Pacifique.

> Chiffre d'affaires : 5,08 milliards d'euros en 2006.