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Des salaires minimaux en Allemagne

L'actualité | publié le : 03.05.2005 | Marion Leo, à Berlin

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Aenviron trois semaines d'élections régionales cruciales en Allemagne, le gouvernement Schröder a pris, le 27 avril, une résolution qui devrait lui attirer la bienveillance des syndicats. Pour lutter contre le dumping salarial en provenance de l'Europe de l'Est, il a décidé d'introduire des salaires minimaux pour tous les travailleurs outre-Rhin.

Mais, contrairement au Smic français uniforme et fixé par l'Etat, ces salaires seront établis par les partenaires sociaux dans chaque branche et sur une base volontaire. Une fois fixés, ils seront rendus obligatoires dans le cadre d'une loi pour tous les travailleurs de la branche concernée, qu'ils soient allemands ou étrangers.

Le bâtiment allemand comme modèle

Jusqu'à présent, les partenaires sociaux fixaient déjà des salaires planchers dans des accords de branche, mais ces derniers n'étaient valables que pour les entreprises membres des conventions collectives. Selon la fondation Hans-Boeckler-Stiftung, proche des syndicats, seuls 70 % des salariés à l'Ouest et 54 % de ceux de l'ex-RDA étaient couverts par ces accords.

Le projet de loi, qui sera officiellement adopté par le gouvernement le 11 mai, étendra à toutes les branches une loi qui n'existe actuellement que dans le bâtiment allemand. Celle-ci prévoit qu'un salarié travaillant dans ce secteur doit être payé au-dessus du salaire minimum de la branche, quels que soient sa nationalité et son employeur. Il doit ainsi gagner au moins 10,36 euros bruts de l'heure à l'Ouest et 8,95 euros en ex-RDA.

Combattre les fraudes

C'est à la suite d'une série de révélations que le gouvernement Schröder a décidé d'étendre cette loi. L'opinion publique a ainsi appris récemment que des abattoirs allemands employaient de nombreux travailleurs polonais pour des salaires de misère : 3 euros de l'heure. Pour contourner la loi qui empêche les entreprises allemandes d'employer des Polonais et des Tchèques pendant un délai de sept ans, les équarrisseurs avaient inscrit leur main-d'oeuvre sous la rubrique «travailleurs indépendants». La nouvelle loi visera à combattre les « moutons noirs » qui contournent les règles européennes et à accroître la lutte contre le « dumping social », a avancé le gouvernement.

Fortement critiqué par le patronat allemand, qui prédit de nouvelles délocalisations, le projet de loi est jugé, en revanche, insuffisant par les syndicats. « On aurait préféré un Smic à la française. Car, dans certaines régions, il n'y a pas d'accord de branche. D'autre part, il existe déjà des salaires planchers très faibles. Un coiffeur ne gagne que 4,5 euros l'heure », dénonce un expert de la fondation Hans-Boeckler. Mais le projet de loi n'est pas encore adopté. Il nécessite l'accord du Bundesrat, chambre des Länder, dominée par l'opposition conservatrice, très divisée sur la question.

Auteur

  • Marion Leo, à Berlin