Les PME ligériennes préparent leur avenir

Campagnes de sensibilisation, actions expérimentales soutenues par les pouvoirs publics, études sur le sujet : les démarches compétences ont le vent en poupe dans les Pays de la Loire. De leur propre chef ou poussées par leurs représentants, les entreprises s'intéressent de plus en plus à ce sujet. La CGPME lance une enquête régionale sur les démarches compétences, et la CCI d'Angers va mener un prédiagnostic RH auprès de 250 entreprises.

« Mode de management de l'entreprise qui consiste à mettre en place une organisation du travail dans laquelle les salariés peuvent mobiliser leurs compétences nouvelles et ainsi mieux servir la performance de l'entreprise », selon la définition qu'en donne l'Aract (Association régionale pour l'amélioration des conditions de travail) Pays de la Loire, la démarche compétences se présente comme un processus gagnant-gagnant.

Investir dans le capital humain

Pourquoi les entreprises - à 80 % des PME - s'y engagent-elles ? Une étude menée par l'école des Mines de Nantes auprès de six entreprises de la région souligne la diversité des clés d'entrée : pression de la concurrence, « qui a des effets considérables sur les salariés » et nécessite qu'ils soient accompagnés ; évolution des technologies ; positionnement sur un marché de niche qui requiert des compétences pointues ; accompagnement du changement dans l'organisation du travail ; volonté de fidéliser le personnel pour garder les compétences clés ; souci de revoir les rémunérations, suite, notamment, à une fusion.

Plus généralement, l'intérêt pour cette démarche est dû, selon Carine Sartori, déléguée régionale de l'Opcareg Pays de la Loire, qui anime la démarche Acor (Accompagner les compétences régionales) réunissant quinze entreprises, à la faible visibilité sur les carnets de commandes. « Dans une période où les entreprises n'ont pas d'horizon plus lointain qu'à trois mois, il leur est impossible de prendre des décisions d'investissement matériel. En revanche, investir dans leur capital humain leur paraît être une réponse plus efficace. » Tous les observateurs notent aussi l'inquiétude des entreprises vis-à-vis de la baisse démographique et des difficultés de recrutement.

Des conseillers proches du terrain

Les entreprises s'engagent dans ces démarches soit individuellement, soit de façon collective. Les démarches collectives sont souvent portées par les Opca, dont les conseillers sont proches du terrain et peuvent, à partir des demandes de formation, déceler des prémisses de démarches compétences. Un accompagnement de cinq entreprises du textile a été mené par Forthal, l'Opca de la branche, à Cholet. L'Aref-BTP a accompagné des entreprises individuellement et mis en place une banque de données compétences. Les démarches les plus importantes sont portées par les organismes collecteurs interprofessionnels. L'Agefos PME a été, ainsi, le pionnier avec l'action Futura. Il s'agit de former les cadres intermédiaires à la gestion de leurs équipes par les compétences. La formation dure quatre jours en discontinu, pendant trois mois, avec trois jours de formation collective et deux demi-journées d'accompagnement par un consultant dans chaque entreprise. « L'objectif est d'affiner l'analyse des compétences et de chercher à détecter les besoins à venir. On travaille sur les compétences clés de l'entreprise, sur leur transfert aux nouveaux entrants, sur l'amélioration des compétences des salariés. Chaque encadrant devient capable de proposer un plan de formation pertinent à sa direction », indique Armelle Robert, chargée de la recherche et du développement de l'Agefos PME Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Cette action est cofinancée par l'Agefos PME et le FSE.

Dans la foulée, l'organisme collecteur a mis en place un dispositif de formation aux entretiens professionnels qui connaît un succès fulgurant, puisqu'il a déjà proposé 4 sessions en trois mois. Prévu dans l'ANI sur la formation tout au long de la vie, l'entretien professionnel n'est pas un entretien d'évaluation, mais l'occasion d'un échange entre l'employeur et le salarié sur la formation dans l'entreprise, donc sur les compétences nécessaires. Enfin, l'Agefos PME lancera, à la fin du premier semestre, cette fois à l'intention des responsables RH d'une quinzaine d'entreprises, un dispositif d'accompagnement aux démarches compétences.

Développer un projet de direction

Un dispositif du même type est déjà animé depuis octobre 2004 par l'Opcareg Pays de la Loire, avec la démarche Acor, en partenariat avec le Medef des Pays de la Loire. D'une durée de trois ans, il a pour objectif de « comprendre, formaliser et transmettre les savoirs et savoir-faire des salariés des Pays de la Loire », et bénéficie d'un financement de la DRTEFP. Les quinze entreprises qui y participent - dont l'effectif varie de 17 à 450 salariés - ont pour point commun de développer un projet de direction. « Les DRH héritent d'une volonté politique des dirigeants et s'aperçoivent qu'ils ne pourront la mettre en oeuvre qu'avec l'implication des salariés. Ils se sentent un peu dépourvus face à l'ampleur de la tâche et ont besoin d'accompagnement », explique Carine Sartori. Les responsables RH sont épaulés par des consultants - qu'ils ont eux-mêmes choisis - et se réunissent tous les deux mois pour échanger sur leurs pratiques et difficultés. Des spécialistes (par exemple, en méthode de projet) peuvent participer à ces réunions pour les aider sur tel ou tel aspect. Point important : il n'est pas question de délivrer une « matrice idéale de compétences », mais d'aider les responsables RH à s'approprier une démarche et à la faire vivre dans chaque contexte d'entreprise.

Crainte des départs

L'arbre ne doit pas cacher la forêt : en Pays de la Loire comme au niveau national, c'est à peine 5 % des entreprises qui se lancent dans une démarche compétences. La crainte essentielle est moins de devoir rémunérer les nouvelles compétences que de voir partir les salariés une fois qu'ils ont bénéficié de la démarche. C'est oublier « qu'une démarche compétences rehausse le niveau de management », comme le souligne Antoine Masson, chargé de mission à l'Aract Pays de la Loire, qui intervient également dans la démarche Acor. Un atout de taille pour fidéliser... les compétences.