Les salariés plébiscitent la prévention

Plus du tiers des actifs (34 %) jugent leur santé menacée par les accidents du travail ou les maladies professionnelles, second facteur de risque derrière les accidents de la route. Et autant (35 %) estiment que les pathologies liées à l'activité professionnelle sont en progression. Tels sont les résultats d'un sondage Louis Harris, dévoilés le 29 novembre, en ouverture du Forum international travail et santé (Fits).

Le ministère de l'Emploi, commanditaire de l'enquête, souhaitait également connaître l'opinion des salariés face à leur propre exposition aux risques professionnels. Les craintes liées aux risques physiques s'estompent légèrement. « Une opinion paradoxale, a souligné Thomas Coutraud, chercheur à la Dares, puisque ces risques ne diminuent pas. »

Confrontation au stress

En revanche, 38 % des sondés (contre 34 % en 2000) s'estiment susceptibles d'être confrontés au stress. Selon Agnès Parent-Thirion, de la Fondation de Dublin, la médiatisation accroît la sensibilité à ce sujet et elle participe à l'élaboration de stratégies de défense des individus concernés.

Par ailleurs, 73 % des personnes interrogées pensent que les risques peuvent être éliminés « si on fait le nécessaire ». Dans la même proportion, elles jugent qu'investir dans la prévention rendrait les entreprises plus performantes.

Intervenant au Fits après la présentation du sondage, Marc Boisnel, sous-directeur à la Direction des relations du travail, a conforté ce jugement et déploré que la prévention soit vécue comme une charge. « Les conséquences de l'utilisation de l'amiante coûtent 1,2 milliard d'euros par an, soit l'équivalent de 4 000 expertises », a-t-il déclaré.

Relais d'information

Les sondés se disent majoritairement bien informés des risques professionnels encourus dans leur entreprise. Sur ces sujets, ils s'adressent à leur responsable hiérarchique (41 %), au médecin du travail (17 %), au CHSCT (9 %), à l'inspection du travail (5 %). Mais, à leurs yeux, les relais les plus efficaces restent la médecine du travail (28 %), le CHSCT (27 %) et l'inspection du travail (21 %). Pour défendre leurs conditions de travail, 72 % des personnes interrogées font confiance aux représentants du personnel.

Jean Denis Combrexelle, directeur des relations du travail, a, pour sa part, souligné le rôle des partenaires sociaux. En invitant ceux-ci à se persuader du caractère « prioritaire » de la santé au travail à tous les niveaux : entreprise, branche et interprofessionnel. Il faut, selon lui, « construire un modèle européen conciliant santé des salariés et compétitivité des entreprises ». Les sondés l'escomptent aussi. Ils sont 63 % à souhaiter que l'Union européenne leur apporte une amélioration de l'organisation et des conditions de leur travail.