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Ne pas s'émousser

SANS | publié le : 15.07.2003 |

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Vendre un produit emblématique, reconnu de qualité, pas cher, très populaire et peu concurrencé (hormis, peut-être, par le Laguiole depuis quelque temps, mais dans une gamme de prix bien plus élevée), laisserait croire que l'avenir est assuré, même si routine et manque de réactivité peuvent vous guetter. L'entreprise familiale Opinel a la réputation de bien se porter, d'employer des salariés attachés à la maison, mais d'avoir frôlé l'assoupissement. Aussi, elle mène, depuis 1989-1990, une opération de restructuration globale, afin de basculer du stade de gros artisan à celui d'industriel confirmé. Cette initiative, lancée par Maurice Opinel, toujours président du conseil d'administration à plus de 75 ans, est accélérée, depuis deux ans, par la nomination d'un directeur général, Antoine Rossignol, 46 ans, venant des cosmétiques et du textile.

Renouvellement

Signes de renouvellement au début des années 90 : l'embauche d'un directeur de département industriel et celle d'un DRH/DAF ; la signature d'un accord d'intéressement et d'un plan d'épargne d'entreprise pour recueillir la participation (avec un abondement de 25 %).

Aujourd'hui, les salaires Opinel seraient de 10 % à 15 % supérieurs à la moyenne départementale. L'effort de formation professionnelle varierait de 2,5 % à 3 % de la masse salariale, se concentrant sur des compétences industrielles. Pas de mutuelle, mais une possibilité d'adhésion individuelle à la mutuelle Radiance, en bénéficiant d'une réduction de 10 %.

Un des défis a été le passage aux 35 heures. Les salariés de la production travaillent, désormais, 8 heures 3/4 par jour durant 4 jours par semaine, et bénéficient systématiquement d'un week-end de trois jours. Le personnel administratif et commercial travaille, lui, 4,5 jours par semaine, et bénéficie d'une demi-journée toutes les 4 semaines. Tous les salaires ont été maintenus.

Formule appréciée

« La formule est appréciée, reconnaît un salarié. Mais, aujourd'hui, des départs en retraite créent un déficit de personnel de production de 10 % à 15 %. Cela est compensé, cette année, par des heures supplémentaires, plus ou moins appréciées, qui apportent un plus financier reconnu. Une tentative de blocage de jours de congés sur quatre mois a provoqué quelques tensions. »

Malgré tout, Opinel reste une entreprise attractive sur le marché local : une moyenne d'âge de 45 ans, un turn-over inexistant, un grand attachement à l'entreprise (« Quand on entre chez Opinel, on y reste ») et des partenaires sociaux réduits à une délégation unique sans étiquette. Une tentative de section cégétiste, il y a quinze ans, n'a pas réussi.

Petite structure

Les demandes d'emploi et de stage provenant de la région restent d'ailleurs nombreuses, « mais seuls un contrat de qualification et trois stagiaires sont pris par an, car nous demeurons une petite structure », reconnaît le DRH.

Quel avenir se souhaite Opinel ? Etre, en 2004, une entreprise totalement réactualisée en termes industriel, organisationnel et fonctionnel. Un important travail de rénovation technique a été réalisé sur deux des trois métiers de l'entreprise : le bois et le montage. Reste à poursuivre sur l'outil de travail de l'acier, notamment pour le meulage de la lame, un des secrets du succès du couteau Opinel.

Bâtir un encadrement

Ce passage définitif du gros artisanat à l'industrie devra s'accompagner, parallèlement, d'un important travail sur les ressources humaines : « Construire un encadrement apte à gérer les problèmes du quotidien, analyse le DRH. Des personnes capables de s'adapter aux autres, mais également de faire passer les messages, en trouvant la bonne longueur d'onde. Opinel étant une entreprise attractive, elle a la chance d'avoir une certaine capacité de choix. »

A terme, ultime modernité peut-être, mais discutable pour certains : le management pourrait se dissocier de l'actionnariat, et la famille pourrait ne plus forcément tenir les rênes du quotidien.

OPINEL

> Effectifs : 95 salariés.

> Chiffre d'affaires : 8 millions d'euros en 2002.

> Production : 4 millions de couteaux par an, dont 40 % à l'exportation.