Une politique de prudence

Tout le monde ne subit pas l'effondrement boursier. L'action Renault, atypique, a ainsi grimpé de quelque 30 % de sa valeur en 2002. Une bonne nouvelle, à l'évidence, pour les salariés qui ont souscrit aux deux dernières opérations d'ouverture ou d'augmentation du capital qui leur étaient réservées sur ces dix-huit derniers mois. Comme d'autres entreprises, détenues en partie par l'Etat, Renault est entrée dans l'actionnariat salarié d'abord au gré des opérations de privatisation, décisions d'ordre politique qui lui étaient imposées, en 1994, 1996 et 2002. En revanche, l'augmentation de capital réservée aux salariés, en décembre 2001, était la première décidée par Renault hors loi de privatisation.

Une cession de 5 %

Désormais, l'entreprise vise un objectif de cession de 5 % du capital à ses salariés sur cinq ans, soit « un rythme souple de moins de 1 % par an, précise Michel de Virville, DRH de Renault. Des opérations régulières permettront d'équilibrer les sorties du dispositif et les nouvelles souscriptions pour conserver un actionnariat salarié autour de 5 % du capital. » Pour l'heure, il atteint un peu plus de 3 %.

Caractéristique majeure de la politique suivie en ce domaine par la direction : une grande prudence. Position logique et raisonnable dans un secteur soumis à de fortes variations d'activité. « Pas de systèmes incitatifs risqués, pas d'effet de levier, pas de forcing », souligne, ainsi, Pierre Alanche, de la CFDT, qui représente les actionnaires salariés au conseil d'administration de Renault.

En revanche, l'entreprise a mis en oeuvre des facilités de paiement pour permettre aux salariés disposant de la plus faible capacité d'épargne de pouvoir souscrire ces offres. Et tous avaient pu bénéficier des actions gratuites liées aux opérations de mise à disposition de capital par l'Etat.

Mais, pour Michel de Virville, l'essentiel n'est pas là. « Contrairement à l'épargne salariale, produit d'épargne neutre, simple avantage financier, l'actionnariat intéresse le salarié à la performance de son entreprise. C'est un levier fort de motivation, si l'on n'en abuse pas et si on laisse les actionnaires salariés s'organiser librement. » Le choix opéré de conserver aux actionnaires salariés leur droit de vote individuel dans les AG, plutôt que de les transformer en un droit de vote collectif du fonds commun de placement (FCP), comme c'est généralement le cas, témoigne de cette orientation.

Elections de l'administrateur

Entre les mois de janvier et février, se tiendront les élections de l'administrateur représentant les salariés actionnaires au conseil d'administration, pour un mandat de six ans. Pour la première fois, les salariés actionnaires des filiales étrangères y participeront. Pierre Alanche, présenté par la CFDT, a le soutien de syndicats espagnols et belges de Renault. L'AASR, association des actionnaires salariés, y présente aussi un candidat. S'y ajoutent trois listes de candidats individuels.

Parmi les demandes de l'association, comme du syndicat : la possibilité de transfert du fonds dédié vers les autres fonds plus sécurisés du plan d'épargne. De façon à pouvoir assurer son épargne un peu avant la sortie du plan. Ces élections seront aussi une façon d'accompagner l'internationalisation de l'entreprise, grand dossier stratégique de la firme au losange. De la même façon, avec les participations croisées entre Renault et Nissan, les actionnaires salariés de Renault sont-ils devenus encore plus attentifs aux évolutions et aux résultats de la marque japonaise.

RENAULT

> Effectifs : 140 500 (monde).

> Chiffre d'affaires : 36 351 millions d'euros en 2001.

Sécuriser l'épargne en actions

Abondement et décote : considérés, désormais, comme des matelas en cas de chute de l'action. Selon l'enquête 2002 de Hewitt, les salariés actionnaires, prêts à acquérir de nouvelles actions de leur entreprise, considèrent comme décisives la décote et l'abondement à 98 %, une possibilité de garantie de l'investissement à 89 %, un effet de levier à 90 %.

Garantie : un organisme financier vend à l'entreprise un dispositif qui garantit l'apport des salariés. Elle se rémunère sur la décote ou les dividendes.

Effet de levier : l'organisme financier souscrit, par exemple, 9 actions pour une acquise par le salarié. La banque se rémunère sur la plus-value à la sortie, ou sur les dividendes. Avantages : démultiplie les possibilités de gains en limitant l'investissement des salariés. Permet souvent à l'entreprise de proposer une décote moins forte. Défauts : dans une période difficile, les banques sont plus réticentes à engager ces opérations et le prix demandé est plus élevé. Il faut convaincre les autres actionnaires victimes d'une plus forte dilution.

Droits de vote individuels : certaines associations d'actionnaires et des représentants syndicaux mettent l'accent sur le fait que les droits de vote concédés au FCP ne permettent pas aux actionnaires salariés de faire valoir leur position. Même dans le cas d'actionnariat sous forme de parts de FCP, une disposition dérogatoire permet de conserver des droits de vote individuels.

Stock-options pour tous : il ne s'agit plus tout à fait d'actionnariat, puisque les salariés ne sont pas détenteurs des actions avant de les exercer. Néanmoins préconisées par certains consultants spécialisés, en complément d'épargne salariale ou d'actionnariat classique. Avantages : dispositif plus léger à mettre en oeuvre qu'un plan d'actionnariat. Plus adapté à des opérations internationales. Pas de risques. Equité vis-à-vis des cadres et dirigeants. Défauts : pas d'influence sur la composition du capital. Moins d'implication, même si les résultats sont liés aux performances de l'entreprise. Avec les nouvelles normes comptables IAS, devront être comptabilisées en charges. Moins favorable, fiscalement, qu'un PEE.