Harman International protège ses salariés des conjoints irascibles

Teresa Duran, 56 ans, technicienne du groupe américain Harman International, fabricant d'amplis, enceintes, produits de haute-fidélité, venait de quitter son entreprise, en Californie. Son ex-mari l'attendait, il l'a poignardée une vingtaine de fois. Avant de rouler sur son corps à plusieurs reprises avec son camion. Cet événement a choqué les 3 000 salariés du groupe. « Elle était chez nous depuis vingt-quatre ans, explique Lynn Harman, la juriste de l'entreprise. Tout le monde l'adorait. » C'était il y a dix-sept mois. Depuis, la direction du groupe a lancé sur l'ensemble de ses usines, aux Etats-Unis, un vaste programme d'éducation et de prévention contre les violences conjugales au travail.

Protéger son personnel

Cet horrible fait divers a servi de déclencheur. Jamais, auparavant, les responsables d'Harman n'avaient entendu parler de femme battue... Mais l'affaire Teresa Duran a montré à la direction que la violence conjugale, sujet tabou, ne s'arrête pas à la maison. Et qu'il est de « la responsabilité de l'entreprise de protéger ses salariés ». Lynn Harman, avec l'aide d'une association de San Francisco, Family violence prevention fund, a donc rédigé un petit livret distribué à chaque salarié et disponible dans les cafétérias ou les toilettes du groupe, où il est parfois moins gênant de le prendre. Et tout le monde, du cadre supérieur à la standardiste, a été envoyé en formation obligatoire. Le message de l'entreprise : « Il y a dorénavant une tolérance zéro pour la violence. »

S'adapter aux situations

Les salariés concernés, le plus souvent des femmes, sont invités à partager leurs soucis avec le service des relations humaines ou leur supérieur hiérarchique... qui essaiera de les aider. Ses objectifs de travail seront, par exemple, revus à la baisse, et ses difficultés seront prises en compte dans sa revue de performances. « On se montrera plus réaliste », explique Lynn Harman, car maintenant, l'employeur sait que la victime a des risques d'arriver en retard, elle peut être malade, demander des jours de congés pour se rendre au palais de justice ou se cacher. Son employeur essaiera, avec elle, d'éclaircir son horizon.

Un phénomène répandu

« Nous voulons éviter les fax, les coups de téléphone des mauvais petits amis ou des maris, poursuit Lynn Harman. Les agents de la sécurité pourront accompagner la victime jusqu'à sa voiture. Nous changerons son téléphone, nous la transférerons à un autre poste, voire dans un autre Etat. » « Cette nouvelle politique ne nous coûte pas très cher et sauve des employés de qualité », conclut Lynn Harman, bien décidée à poursuivre la croisade et à faire connaître l'ampleur du phénomène. Selon les statistiques de l'American institute on domestic violence, ce type d'agressions a un impact fort sur l'entreprise : 13 000 actes de violence sont commis chaque année, aux Etats-Unis, contre des femmes, à leur poste de travail. Et 3 à 5 milliards de dollars sont perdus en absentéisme, baisse de productivité, problèmes de santé.

Des salariées témoignent

Alors que le programme commence chez Harman-Kardon, de nombreuses salariées ont décidé de témoigner, sachant que l'entreprise ne les licencierait pas, comme ce peut être le cas ailleurs. D'autres sociétés, comme American Express ou Verizon, ont lancé un tel programme. Le sujet pourrait prendre plus d'importance, alors que des juristes commencent à l'explorer. Ils considèrent que des employeurs n'agissant pas alors qu'un salarié les a informés de violences conjugales pourraient être poursuivis pour ne pas avoir assuré sa sécurité sur le lieu de travail. Quant à ceux qui licencient dans ce cas, ils risqueraient un procès pour discrimination.