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SANS

"Mener en bateau"

SANS | publié le : 03.09.2002 |

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Moment rare et précieux.

Nous déboulons sous spinnaker le long des côtes de Bretagne Nord, dans une lumière féérique de fin de journée. Equipage compétent, météo clémente, bateau affûté, ambiance sereine.

Il y a des moments où la vie est moins difficile...

Comme il est impossible d'échapper totalement à son statut de consultant, la conversation sur le management me pourchasse jusqu'à bord. On souhaite savoir quelles comparaisons utiles il est possible d'établir entre la conduite d'un équipage sur un bateau à voile et la direction d'une équipe en milieu professionnel.

Sujet bateau. Si j'ose dire...

Je tente de fuir. On insiste. Je me débats : les vraies vacances (souvent en mer, pour ce qui me concerne), c'est d'abord la vacance de la réflexion professionnelle, le détournement de l'attention vers des petites choses insignifiantes, puériles, le retour à un mode de vie en plein air, le contact avec les éléments, le changement des horaires, tout, sauf endosser encore la posture de spécialiste du management.

Mais l'homme est tenace. (Et c'est un client. Ne jamais emmener un client en mer. Jamais.)

Je me lance :

Skipper un bateau et manager une équipe, il y a bien sûr beaucoup de points communs :

1. Le casting est déterminant, et ce n'est pas qu'une affaire de compétence technique : il faut veiller à la complémentarité des caractères, à l'équilibre des âges, des ambitions, etc. Et au contraire de l'entreprise, on a, le plus souvent, toute liberté de constituer son équipage, ce qui facilite les choses.

2. Le skipper, comme tout patron d'équipe, est responsable de l'ambiance à bord. Ses inquiétudes ne regardent que lui. Sa façon de faire confiance est visible de tous. Sa manière d'expliquer, de préparer la manoeuvre, d'encourager les débutants, etc., est déterminante pour le succès d'une croisière. Son rôle de pédagogue est essentiel (mais sans être pesant. Trop de skippers hurlent des ordres incompréhensibles à des équipiers transis de froid et de peur. De quoi dégoûter pour toujours de la vie en mer).

3. La réussite collective est plus facile quand le projet est attractif : tout le monde n'a pas envie de jouer au héros dans les quarantièmes rugissants et de supporter des nuits successives de navigation dans le brouillard. On peut vouloir flâner. Rêver. Baguenauder, prendre son temps. Mais le projet doit être clair pour tous.

« Eh bien, vous voyez bien que c'est pareil ! » me relance le client, tout content d'avoir réussi à me faire parler de management. (Pas difficile, en réalité. J'adore ça...)

Non, ce n'est pas pareil. Il y a même une différence essentielle que trop de gens passent sous silence : on navigue par choix. On travaille par obligation. Cette seule différence devrait faire l'objet de toute notre attention, et nous obliger à ne mener personne en bateau...

Tout un programme pour l'année de travail qui recommence.

Bonne rentrée !