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Orange s’essaie au "congé de respiration"

Sur le terrain | publié le : 31.10.2022 | Adeline Raynal

Happy Hopeful Woman Looking at the Sunset by the Sea

Le groupe de télécommunications teste un dispositif permettant aux salariés de faire une pause de trois à douze mois dans leur parcours professionnel tout en conservant une rémunération.

Depuis début juin, Delphine Ponge a changé de quotidien. UX designer chez Orange à Aix-en-Provence, elle bénéficie d’un tout nouveau dispositif : le "congé de respiration". Chaque matin, c’est à l’association Valentin Haüy d’aide aux personnes aveugles qu’elle part travailler. Salariée du groupe de télécommunications depuis onze ans, elle reste inscrite dans les effectifs et touche 70 % de son salaire – tout en ayant la possibilité de s’investir dans une activité d’intérêt général pour une durée d’un an. "Ma mission actuelle pour l’association consiste à favoriser l’accès à la culture pour les personnes malvoyantes : nous accompagnons les bénéficiaires à l’opéra, au musée, au théâtre. Je participe également aux commissions accessibilité de la mairie pour voir si les rénovations respectent les normes en faveur des personnes handicapées." Elle avait déjà eu l’occasion de collaborer avec cette association dans le cadre d’une mission pour Orange, et après la période de confinement liée à la Covid-19, elle a ressenti l’envie de s’investir à nouveau dans le domaine du handicap. "J’ai recroisé une personne de cette association, j’ai d’abord été bénévole, puis, quand mon employeur m’a parlé de ce dispositif, j’ai sauté sur l’occasion !", raconte-t-elle, avant d’ajouter : "Cela me fait beaucoup de bien et me permet d’acquérir de nouvelles compétences après onze ans dans la même entreprise."

 

Conditions d’accès

Le "congé de respiration" dont elle bénéficie permet aux salariés de faire une pause de trois à douze mois dans leur parcours professionnel pour se consacrer à une reprise d’étude, à du volontariat en association (social, humanitaire), à un projet de recherche universitaire ou à l’accompagnement d’une start-up ou d’une PME, par exemple. Pour y prétendre, le salarié doit avoir au moins dix ans d’ancienneté chez Orange et un an d’ancienneté dans son poste. Il doit ensuite convaincre les RH de l’intérêt de son projet. Principale différence avec un congé sabbatique, la rémunération est maintenue à 70 %. La structure accueillante peut éventuellement la compléter. De plus, la reprise de poste chez Orange est discutée et convenue avant même le début du congé. "Je m’entends très bien avec ma manager et je suis partie en confiance, nous avons déjà parlé des conditions de reprise et du type de projets sur lesquels elle pourra me faire travailler à mon retour. Grâce à ce congé, je m’éclate tout en conservant une rémunération, j’ai de nombreux contacts dans ma ville d’Aix et je pense que je vais revenir à mon poste pleine d’énergie, meilleure en communication et en organisation. Mine de rien, préparer une sortie pour un groupe de dix personnes malvoyantes, c’est une sacrée organisation !", s’exclame Delphine Ponge.

Comme elle, 63 autres salariés d’Orange testent actuellement ce dispositif. Ils ont en moyenne 46 ans et sont en majorité des femmes . Environ 40 % d’entre eux intègrent une association en France, 40 % suivent une formation et 20 % accompagnent une start-up ou une PME. D’autres devraient suivre, car Orange a ouvert 250 places, réparties à parts égales entre personnel cadre et non cadre. "Ce qui nous incite à tester ce dispositif, c’est de garder nos salariés motivés. L’ancienneté moyenne au sein d’Orange est de 18 ans. Or au bout de dix à vingt ans dans l’entreprise, certains s’essoufflent ou se questionnent. C’est une façon pour nous de travailler notre marque employeur et de montrer aux salariés qu’ils peuvent s’investir ailleurs, tout en reprenant ensuite leur parcours chez nous", indique Gervais Pellissier, directeur people &transformation du groupe.

 
Bilan en 2023

Si Delphine Ponge s’investit pour accompagner des malvoyants, d’autres ont choisi de suivre une formation d’agent sportif ou de diététique ou de s’immerger dans une association d’aide à la reforestation… Les projets ne doivent pas avoir de lien direct avec le métier du salarié chez Orange. "Nous dresserons un premier bilan de cette expérimentation en septembre 2023, et par la suite, nous n’excluons pas de l’ouvrir à des salariés ayant cinq ans d’ancienneté dans le groupe", précise Gervais Pellissier.

Ce "congé de respiration" d’Orange fait penser à un dispositif créé par Accenture, en mai 2021 : le "congé priorité personnelle". Ouvert aux salariés ayant au moins cinq ans d’ancienneté dans l’entreprise, il ne dure que trois mois et les salariés ne perçoivent que 50 % de leur rémunération habituelle. En avril 2022, plus de 70 salariés avaient déjà bénéficié de ce congé.

Auteur

  • Adeline Raynal