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Money ! Money ! Money ?

Chroniques | publié le : 27.09.2021 |

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Gilles Gateau directeur général de l’Apec

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Par Gilles Gateau, directeur général de l'Apec

On n’est jamais à l’abri d’une… bonne nouvelle. Alors que l’on s’attendait – crise de la Covid oblige – à un décrochage des salaires des cadres en 2020, c’est en réalité une stabilisation à laquelle on assiste. Le baromètre annuel que vient de publier l’Apec montre un salaire médian des cadres à 50 000 euros brut annuels, comme en 2019.

Mais comme souvent, cette stabilité apparente masque bien des disparités.

D’un côté – c’est exceptionnel – 28 % des cadres ont vu leur revenu baisser en raison du chômage partiel qui ne les a pas épargnés. De même, la rémunération médiane des jeunes diplômés et des actifs de moins de 30 ans a également baissé : 1 000 euros de moins qu’en 2019. Enfin, seuls 38 % des cadres ont été augmentés, 10 points de moins que l’année précédente…

De l’autre côté, la part variable des rémunérations a été – surprise ! – maintenue en 2020. Certes, elle se réfère souvent aux résultats de l’année précédente – qui fut bonne – mais si intéressement et participation obéissent à des règles obligatoires, les bonus sont à la discrétion du management et ils n’ont pas été sacrifiés malgré la crise. En tous les cas en 2020. Autre signe que cette crise ne signifie pas déflation générale, les cadres qui ont pris le risque de « changer de boulot » ont été bien inspirés : 66 % d’entre eux ont été augmentés, soit la même proportion qu’en 2019 ! La stratégie du changement continue à « payer ».

Un autre phénomène, peu reluisant celui-là, doit tous nous interpeller : le lent, très lent, trop lent mouvement de réduction des écarts de salaires entre hommes et femmes cadres. Non seulement il ne s’est pas accéléré en 2020, mais au contraire, s’est inversé ! Cet écart était passé de 15,5 % à 13 % en 2019, le voilà qui revient en 2020 à 15,5 % ! Un pas en avant… un pas en arrière, preuve que cet objectif d’égalité n’est toujours pas au premier rang des préoccupations des entreprises. Sacrifié sur l’autel de la crise, une fois de plus…

Les politiques salariales restent donc d’abord gouvernées, c’est la leçon de 2020, par l’offre et la demande. L’offre de talents disponibles n’est pas suffisante pour éviter des tensions de recrutement, qui vont en augmentant. Ainsi, les trois quarts des entreprises auront, au cours de ce troisième trimestre 2021, rencontré des difficultés à trouver les compétences cadres qu’elles recherchent, alors qu’elles n’étaient « que » deux tiers au premier trimestre. Par un heureux renversement, ce qui inquiète aujourd’hui n’est donc pas tant une baisse d’activité que les difficultés à trouver les talents pour faire face à l’essor de l’activité.

Dans ce contexte, la question des salaires s’invite avec force. Enjeu de taille pour attirer et fidéliser les talents, elle ne concerne pas que les faibles rémunérations ou les fonctions les moins qualifiées en mal d’attractivité, les première et deuxième lignes qui doivent profiter de la reprise – soyons-y attentifs ! Elle concerne également les métiers qui, avant la crise, étaient déjà en grand besoin de recrutements et tiennent le haut du pavé des plus recherchés : ingénieurs, data scientists, conducteurs de travaux, commerciaux…

Ces tensions obligent les entreprises à multiplier leurs démarches pour renforcer leur attractivité. Et cela passe d’abord par les salaires… Mais attention : le salaire n’est pas tout ! C’est l’une des premières choses que regarde un candidat… mais pas la seule, et de moins en moins ! L’intérêt du travail, son sens même, la qualité de vie au travail, les possibilités de télétravailler… jouent au moins autant et parfois davantage.

On en revient toujours à la même préconisation : l’écoute des attentes des collaboratrices et collaborateurs, afin de les attirer et de les fidéliser, sera plus décisive qu’une inflation salariale sans autre imagination…