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En finir avec l’invisibilité des premiers de corvée

Les clés | À lire | publié le : 05.07.2021 | Lydie Colders

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En finir avec l’invisibilité des premiers de corvée

Crédit photo Lydie Colders

Dans Indispensables, mais invisibles, note copubliée par la fondation Jean-Jaurès, le consultant en relations sociales Denis Maillard plaide pour une politique de revalorisation des salariés « essentiels ». Branches et État ne peuvent plus continuer à oublier ces « piliers » de notre société…

Les tribunes en faveur de la reconnaissance des travailleurs « essentiels », caissières, livreurs ou aides à domicile, ont fleuri depuis le début de la pandémie. Dans cette note, Denis Maillard, philosophe politique et spécialiste des relations sociales, ajoute sa contribution, une vision à la fois philosophique et politique de notre société. Dans une économie de services qui s’oriente de plus en plus vers « une relation client-fournisseur », il évoque « un véritable back-office de la société ». Une armada de travailleurs invisibles, modestes, officiant dans le « monde de la logistique et de l’acheminement », « le comptoir et les guichets », le « care » (assistantes de vie à domicile) ou la maintenance… Après avoir été applaudis aux débuts de la Covid-19, ces salariés exposés sont vite retombés dans l’oubli. Ils sont pourtant « le pilier » sur lequel reposent notre société et notre système économique, rappelle le consultant. L’analyse gêne parfois, lorsque Denis Maillard évoque que l’émancipation « hors travail » des uns (en services, en loisirs) a abouti « au surtravail » des autres, qui restent à disposition permanente. Mais il est difficile de contester que « cette classe de services » du back-office, comme il l’appelle, se substitue progressivement à celle des ouvriers. Avec une différence notable : fragmentée, isolée par la sous-traitance, peu syndiquée, cette classe est comme « invisible à soi et aux autres », observe-t-il. Sortir de l’ombre ces salariés suppose deux efforts, selon lui : desserrer l’étau des contraintes qui pèsent sur eux, en matière de salaires « bloqués » et de conditions de travail : « La plupart des métiers du back-office connaissent une organisation tayloriste décuplée par le contrôle numérique », une rationalité extrême dans ceux du soin qui finit par nuire au sentiment « d’être utile aux autres ». Horaires décalés, port de charges lourdes ou déni « des compétences sociales », il est « temps de reconnaître enfin la pénibilité » de ces métiers utiles et d’ouvrir des perspectives d’évolution via des accords de branche, plaide-t-il.

Mais les politiques ont aussi leur rôle à jouer pour les rendre visibles. À commencer par des garanties du Code du travail pour ces salariés aux statuts divers, intérimaires, CDD, voire micro-entrepreneurs. Si l’on veut solidifier la société, « il va falloir inventer et faire respecter de nouvelles protections » au-delà des statuts, souligne Denis Maillard. Cette idée eut mérité d’être précisée. Son bref essai a au moins le mérite de rappeler que les primes Covid ne constituent pas une politique sociale digne de l’enjeu…

Auteur

  • Lydie Colders