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La confrontation des équilibres

Chroniques | publié le : 05.07.2021 |

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La confrontation des équilibres

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Benoît Serre vice-président délégué de l’ANDRH

Peu à peu les différents protocoles sanitaires s’allègent, les salariés reviennent sur site et la vie reprend son cours. Certes, nous ne retrouvons pas encore les libertés d’avant et selon les moments, nous vivons sous la menace du variant Delta qui a conduit ces derniers jours certains pays à reprendre des mesures locales de confinement. Si, au niveau mondial, la pandémie semble toujours active, il est exact qu’en France au moins, elle marque le pas. Cela nous conduit tous imperceptiblement ou clairement à tirer des conséquences individuelles de ce que nous avons vécu. Et ces enseignements ne manqueront pas d’entrer en confrontation positive ou négative avec notre vie collective notamment au travail.

Les sujets de santé, d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, de liberté d’organisation dans le travail sont finalement au cœur de cet indéfinissable « monde d’après ». On le voit au travers de l’actualité qui ne manque pas d’articles sur les évolutions immobilières, le télétravail, les solutions alternatives au contrat de travail, le rapport à l’entreprise ou à son management. D’une certaine manière, les convictions comme les aspirations de la vie privée ont surgi au milieu de la vie professionnelle. Pendant les derniers mois, beaucoup ont regretté que le travail envahisse le privé. À l’heure du déconfinement, c’est le privé qui surgit dans le professionnel : et cela change tout.

Quels que soient les constats ou les méfiances vis-à-vis de ce nouveau monde du travail, il semble perdu d’avance de vouloir durablement s’opposer à une évolution inéluctable de la société du travail. Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que cette crise ne créait rien, mais accélérait tout ? Là est le point de bascule pour le futur, car sous la contrainte nous avons compris que les réflexions de longue date sur l’agilité, le management bienveillant, le juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle, l’exigence de confiance a priori, l’adaptation du contrôle permanent, la responsabilisation de l’individu ou la responsabilité sociale de l’entreprise étaient non seulement nécessaires, mais réalisables. Cette crise est un stress test d’immense ampleur et les constats qu’on a pu faire dans cette période marqueront durablement la société du travail.

Car ne nous y trompons pas, ce n’est pas le travail, son organisation ou sa comptabilisation qui change, c’est la société qui se transforme. C’est une échéance culturelle et non pas seulement économique ou sociale. Nous entrons dans une phase rare dans l’Histoire qui est celle où les équilibres doivent se reconstruire. Et de même que sont interrogées depuis plusieurs années la légitimité du politique ou la représentativité des salariés, nous allons résolument vers la remise en cause de ce qu’est l’entreprise, son rôle, ses responsabilités vis-à-vis de son écosystème, mais surtout vis-à-vis des équipes qui la composent.

Cette redistribution des cartes sera lente et ne pourra se faire que dans l’équité par la confrontation entre les aspirations privées et les nécessités professionnelles. Ce n’est pas nouveau comme combat, mais en revanche cela ne s’est jamais passé dans de telles circonstances ni avec tant de moyens pour changer le travail – on songe évidemment à l’infinie possibilité offerte par la digitalisation du monde, des services comme des compétences. Pour accompagner ce mouvement de transformation porté par les femmes et les hommes, la fonction RH devra une fois de plus trouver les équilibres pour ne pas menacer la survie de l’organisation tout en la faisant évoluer en mettant fin aux a priori, aux craintes comme aux espoirs du corps social.

Nous nous éloignerons chaque jour un peu plus du modèle dominant du travail qui exigeait, depuis plus d’un siècle, un temps, un lieu et une mission justement rémunérée. Les DRH seront à la croisée de ces confrontations et devront trouver le bon équilibre entre individu et salarié, confiance et contrôle, performance et protection, reconnaissance et exigence. C’est un défi, car, comme pour toute transformation d’ampleur, ce ne sont ni les process, ni les théories, ni les logiques financières qui finalement changent durablement la donne, ce sont les femmes et les hommes.