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Quel capitalisme après la Covid-19 ?

Les clés | À lire | publié le : 21.06.2021 | Lydie Colders

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Quel capitalisme après la Covid-19 ?

Crédit photo Lydie Colders

Dans « Les capitalismes à l’épreuve des pandémies », l’économiste Robert Boyer analyse l’impact inédit de la crise sanitaire sous un prisme très large, géopolitique, financier et social. Il y pointe l’enjeu de l’intervention publique face à la victoire des plateformes, qui « déstabilisent la production et l’emploi ».

Pas de pronostics dans ce livre. Dans son vaste essai, Robert Boyer, économiste théoricien de la régulation qui ausculte l’économie imbriquée dans l’histoire, la politique et le social, préfère esquisser des hypothèses sur l’évolution du capitalisme économique, mais aussi celui des « États ». L’ancien directeur de recherche au CNRS analyse longuement la crise inédite de la pandémie en mars 2020 : « L’État s’est présenté partout comme le défenseur de la vie et de la santé des populations, en mettant à l’arrêt leur économie ». Soutenus par les banques centrales, ils en sortent renforcés, contraints de freiner leur idéal néolibéraliste, « en se portant garant de la masse salariale et d’une partie des charges des entreprises ». Drôle de tête-à-queue, note-t-il, mais il y voit une leçon sur l’importance des pouvoirs publics face à « la surestimation de la capacité des marchés ».

Relance fragile

En Europe, le choix politique a été fait de « préserver les compétences » avec le chômage partiel et les aides pour relancer l’activité des entreprises. Cela suffira-t-il ? La reprise reste incertaine, selon l’auteur. Soit « l’épargne forcée » due aux confinements se traduira par « une explosion des achats » qui favorisera certains secteurs, soit à l’inverse, la faillite d’entreprises incitera les gens à « une épargne forcée ». Dans ce cas, au chômage partiel « pourrait se substituer un chômage keynésien difficile à éradiquer ». Mais l’autre inconnu est pour lui la faillite des sous-traitants. Et il n’est pas impossible qu’au retour à la normale, « un donneur d’ordre constate que des fournisseurs essentiels ont disparu faute de clients et de rentabilité ». Dans ce climat instable, gare aux conflits sociaux « non surmontés » auparavant. Mieux vaut des « arrangements » locaux aménageant le temps de travail pour retrouver un horizon, estime l’économiste. À la puissance publique de coordonner l’ensemble.

La rafle des plateformes

Quant au nouveau monde, Robert Boyer aimerait visiblement une bifurcation vers un nouveau modèle orienté vers la transition écologique et « la promotion des droits sociaux ». Mais il n’y croit guère, cette générosité se heurte à la montée « sans précédent » des grands gagnants de la pandémie : le capitalisme d’État (la Chine), qui pourrait « s’emparer de la santé comme instrument de légitimation », et de l’autre le capitalisme de plateforme et de surveillance « qui y trouve de remarquables sources de profits ». Il s’inquiète du pouvoir grandissant des Gafam qui après avoir maîtrisé « de longue date le e-commerce, le télétravail » ont profité de la Covid-19 pour étendre leur marché aux applications médicales ou à l’enseignement à distance. Cette « offensive » n’est pas à prendre à la légère et pourrait « désarticuler les systèmes productifs nationaux et polariser les sociétés ». Le constat n’est pas neuf, sauf que la menace du numérique et les inégalités se sont exacerbées depuis la pandémie. Pour l’auteur, l’avenir dépendra si les politiques en prennent conscience, tout comme l’idée du retour d’autres pandémies…

Auteur

  • Lydie Colders