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Diversité : PwC finance un programme de formation pour diversifier ses rangs

Sur le terrain | publié le : 14.06.2021 | Caroline Crosdale

Le grand cabinet d’audit PwC lance avec l’université Northeastern un programme de formation à l’expertise comptable gratuit, qui s’adresse aux minorités noires et latinos.

Le cabinet d’audit PwC veut brûler les étapes. Plutôt que d’embaucher les premiers de la classe des grandes universités puis de passer plusieurs mois à les former, l’employeur a préféré s’impliquer dès le début dans les études de ses prospects, afin que ceux-ci répondent immédiatement aux besoins du groupe. Le cabinet a passé un accord avec l’école de commerce de Northeastern University pour peaufiner ses cours de comptabilité en ligne. Mais l’année sponsorisée par le cabinet d’audit s’adresse uniquement aux jeunes noirs et latinos, PwC ayant décidé de diversifier ses rangs.

La route habituelle du CPA (Certified Public Accountant), en clair l’équivalent américain de l’expert-comptable, est longue et semée d’embûches. Les quatre premières années d’études supérieures coûtent cher, souvent plus de 50 000 dollars. Et au bout du compte, l’étudiant n’a pas accumulé suffisamment d’heures pour avoir le droit de travailler sous les ordres d’un expert-comptable… une étape obligatoire avant de passer l’examen final. Les pontes du métier étant majoritairement blancs, ils ont tendance à embaucher des jeunes hommes qui leur ressemblent. Les chiffres du Bureau of Labor Statistics sont sans appel. Parmi les 1,9 million de comptables du pays, 9 % sont noirs. Mais, si l’on pousse jusqu’au niveau supérieur des CPAs, cette fois-ci seulement 1 % sont noirs.

Éliminer les barrières

Leah Houde, la responsable de la formation chez PwC, a décidé de casser le vieux schéma de reproduction des élites, en changeant la couleur des étudiants. Le programme d’un an baptisé « While You Work », « Pendant que vous travaillez » est seulement ouvert aux jeunes des universités noires et hispaniques, qui ont déjà effectué quatre ans d’études supérieures. Cette cinquième année de cours en ligne est entièrement financée par PwC, ce qui correspond à une aide de plus de 10 000 dollars pour chacun des 40 premiers élèves qui démarreront leur formation en juillet. Le parcours créé par Northeastern University et le cabinet d’audit comprend des études de clients de PwC, qui seront aussi rémunérées par l’entreprise. En prenant en charge cette dernière année, Leah Houde veut éliminer « la barrière supplémentaire » qui empêche les jeunes diplômés de devenir experts-comptables. Elle espère ainsi réellement « changer » la donne, recruter de nouveaux talents d’une manière différente et construire une force de travail plus diverse.

La formation « While You Work » s’inscrit en effet dans un programme plus large de 125 millions de dollars, censé aider 25 000 jeunes noirs et latinos à faire carrière.

Comprendre les dernières technologies

Les cours des futurs CPAs ont été imaginés par les professeurs de faculté et les experts de PwC. C’est selon le doyen de l’école de commerce D’Amore-McKim, Raj Echambadi, « la fusion de la rigueur universitaire avec le monde réel ». La direction de PwC a insisté pour que les demandes de ses clients soient prises en compte. Ces derniers réclament, au-delà des cours classiques de comptabilité, une compréhension des dernières technologies, l’analyse des données, le sens des affaires et des cours de leadership. L’université gagne ainsi une meilleure connaissance des besoins spécifiques de la profession. Pendant l’été, les étudiants suivront leurs classes en ligne. Puis peu à peu, ils travailleront avec les clients et seront fin prêts pour la saison des déclarations fiscales.

Si tout se déroule comme prévu, PwC leur promet un emploi à la fin de leur cursus. Cette nouvelle formule est aux dires de Leah Houde « trois fois gagnante ». L’entreprise diversifie son pool de recrutement. Elle y gagne en créativité et fidélise son personnel reconnaissant. Les employés de leur côté réduisent leur endettement. Ils n’ont pas à payer leur dernière année de formation. En 2003, les études de 40 % des élèves étaient remboursées, selon l’Executive MBA Council. Mais en 2020, seulement 18 % ont bénéficié d’un remboursement. Enfin dernier critère gagnant, les clients sont rassurés de voir les dernières recrues peaufiner leur savoir-faire dans des domaines critiques. Ce travail avec l’université « ouvre de nouvelles frontières, se félicite Leah Houde. Nous sommes au début de la réinvention de ce qui est possible ». Aux États-Unis, l’université ne s’inquiète guère d’une possible perte d’indépendance. « Appliquer ses nouvelles connaissances au bureau vaut mieux qu’une éducation traditionnelle », tranche Raj Echambadi.

Auteur

  • Caroline Crosdale