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Nettoyage : cachez ces métiers que je ne saurais voir

Les clés | publié le : 14.06.2021 | Lydie Colders

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Nettoyage : cachez ces métiers que je ne saurais voir

Crédit photo Lydie Colders

Dans Deux millions de travailleurs et des poussières, deux économistes retracent les dures conditions de travail des femmes et des hommes de ménage, salariés invisibles. Un appel à « compenser la pénibilité » de leur métier, aggravée par la sous-traitance.

La victoire récente des femmes de chambre de l’hôtel Ibis à Batignolles, qui ont décroché des augmentations de salaire, a braqué le projecteur sur les conditions de travail déplorables du nettoyage. Pourtant, public et privé confondus, ces personnels sont nombreux : « En France, pour maintenir les bâtiments propres, plus de deux millions de femmes et d’hommes sont mobilisés », rappellent François-Xavier Devetter et Julie Valentin. Comment expliquer que les employeurs et les pouvoirs publics négligent autant ces métiers essentiels à l’hygiène de tous ? Dans cette enquête studieuse, les économistes passent au crible une pénibilité « que l’on ne veut pas voir ». Horaires décalés, précarité (25 heures en moyenne, payées au Smic horaire), nettoyer des locaux reste un travail ingrat, confié en majorité à des femmes peu qualifiées, des immigrés, souvent âgés de plus de 50 ans. Or, le « nettoyage abîme les corps » et, selon eux, 10 % des salariés auraient des problèmes de santé, soit deux fois plus que les ouvriers. Mais comme ce métier « n’est pas perçu comme aussi dangereux que celui des ouvriers », il reste occulté du débat public.

Les dégâts de la sous-traitance

Le livre est un vibrant manifeste contre l’externalisation massive du nettoyage : la moitié des emplois est aujourd’hui sous-traitée dans le privé, selon les auteurs. Et ce phénomène gagne la fonction publique territoriale, dans le ménage des écoles notamment. Il y a « une dissonance » entre l’État qui tente, par des compensations sociales, de lutter contre le travail à bas salaire, et de l’autre « délègue cette activité au coût le plus bas possible », critiquent-ils. Pour faire des économies, les « donneurs d’ordre » (ils citent un collège, ou un Ehpad) baissent parfois d’un tiers « le volume d’heures travaillées » en externalisant. Et les prestataires, eux, « sous-évaluent » souvent les contrats. Les auteurs en explorent les conséquences pour les employés : sentiment de « bâcler » (exit les finitions ou certaines pièces) et surtout augmentation des cadences de ménage « calculées au mètre carré ». Des effets connus dans la prestation de services, qui aggravent le labeur très physique de ce « sale boulot ». La tendance n’est pas près de s’inverser, reconnaissent les chercheurs, qui parlent « d’idéologie » et de « lobbying » des grands prestataires. Mais dans ce livre engagé, ils proposent des pistes de réflexion : renforcer la polyvalence des agents d’entretien (dans la fonction publique territoriale), tester le travail en journée pour le nettoyage des bureaux. Pour eux, l’urgence est avant tout de revaloriser les salaires des femmes et des hommes de ménage « pour compenser la pénibilité ». Un propos qui résonne en cette période de pandémie.

Auteur

  • Lydie Colders