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« Les grands syndicats perdent des voix »

L’actualité | publié le : 31.05.2021 | Gilmar Sequeira Martins

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« Les grands syndicats perdent des voix »

Crédit photo Gilmar Sequeira Martins

Que retenez-vous en premier lieu des résultats de la représentativité syndicale ?

Le premier point à relever est celui du taux de participation. Il baisse et passe pour la première fois sous la barre des 40 %. Il s’établit à 38,24 %, soit une baisse de plus de 4 points, alors même que le nombre de salariés inscrits sur les listes électorales a progressé, passant de 13,2 millions à 14,1 millions, soit une progression de presque 7 %. Je note aussi que cette baisse de la participation touche les trois niveaux – CSE, collèges de salariés de l’agriculture et TPE – même si c’est à des degrés divers. Il faut souligner que l’un des facteurs les plus décisifs sur la participation reste l’implantation syndicale. Avoir dans son entreprise une équipe syndicale, bien visible et qui tient pleinement son rôle, est une donnée structurelle qui joue sur l’implication des salariés.

Comment doit-on lire les résultats des votes aux élections professionnelles ?

Cette lecture ne doit pas se faire comme celle des résultats d’une élection politique classique. Les salariés qui votent ici ne sont pas dans la même situation qu’un électeur lors de l’élection présidentielle. Ils ne disposent pas de tous les bulletins syndicaux. Les choix possibles sont directement dépendants de l’implantation syndicale dans l’entreprise où se trouve le salarié et le nombre de bulletins dépend du nombre d’équipes syndicales en présence. Ainsi, près de la moitié des électeurs n’ont de choix qu’entre une ou deux listes. Du coup, la mesure d’audience syndicale officielle n’est pas une photographie d’un rapport de force dans lequel tous les syndicats sont présents à tous les niveaux. Ce scrutin, dont le résultat final peut susciter une analogie avec une élection politique classique, est en fait une agrégation de situations très diverses. En outre, il ne prend en compte que les premiers tours électoraux, ignorant les seconds lors desquels sont présents des non-syndiqués.

Qui sont les gagnants et les perdants de l’élection ?

Les grands syndicats perdent des voix. La CFDT consolide son leadership, mais perd des électeurs. Elle creuse également l’écart avec la CGT qui perd quatre fois plus d’électeurs. C’est plus qu’il y a quatre ans et cela accentue le reflux. FO connaît aussi un coup d’arrêt. Les recompositions de la main-d’œuvre et le flou de sa stratégie sont sans doute en cause. Il y a malgré tout des exceptions. La CFE-CGC gagne 40 000 suffrages. Cela découle des situations où ce syndicat est parfois devenu dans certaines grandes entreprises une alternative au duopole CFDT-CGT, affirmant un syndicalisme de troisième force. L’Unsa progresse également, probablement pour les mêmes raisons. Ce syndicalisme catégoriel, ou de « professionnels » comme diraient les Anglo-Saxons, séduit sans doute plus les jeunes générations. La CGC vient d’abord concurrencer la CFDT et la CGT dans les collèges des cadres et des statuts intermédiaires. L’Unsa progresse aussi. Plus largement, si les plus petites organisations tirent mieux leur épingle du jeu, cela s’explique paradoxalement par leur faiblesse. Elles craignent de perdre leur représentativité, ce qui les mettrait en péril, de sorte qu’elles se démènent pour réussir à susciter le plus grand nombre de votes. Leur survie en dépend. Leur investissement est aidé aussi par l’évolution de la sociologie de l’emploi. Les travailleurs sont de plus en plus formés, ce qui les pousse à avoir un regard plus critique sur les organisations installées depuis longtemps ou à s’abstenir.

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins