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Retour à la normale ?

Chroniques | publié le : 31.05.2021 |

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Retour à la normale ?

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Gilles Gateau directeur général de l’Apec

Avec la levée progressive des restrictions sanitaires, notre horizon semble s’éclaircir. Le plus dur serait désormais derrière nous. C’est ce que suggèrent nombre d’enquêtes, y compris la dernière étude de l’Apec sur les prévisions de recrutements des cadres pour l’année 2021 : sans revenir encore à « l’avant-crise », les embauches de cadres redémarrent (+ 8 %) et rattrapent entre le tiers et la moitié du recul de 2020.

Ne boudons pas notre plaisir ! Ce redémarrage est une bonne nouvelle, après une chute des embauches 2020 (-20 %), brutale, mais pas autant que redoutée il y a encore quelques mois : l’emploi cadre a mieux résisté que prévu.

La tendance incite à l’optimisme. Pour autant, peut-on parler d’un retour à la normale ? Pas vraiment…

D’abord, parce que ce redémarrage est porteur de nombreux déséquilibres.

Territoriaux d’abord. Sans surprise, les grandes régions comme l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France sont les « moteurs » d’une reprise à deux chiffres. La Bretagne aussi tire remarquablement son épingle du jeu, seule région à retrouver pratiquement son niveau d’avant crise. Mais d’autres régions sont profondément touchées et le redémarrage y est, et y sera, beaucoup plus lent : Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est ou Normandie. Pour l’Occitanie, frappée de plein fouet par le plongeon de l’aéronautique, 2021 est toujours à la baisse…

Cette cartographie recoupe évidemment les déséquilibres sectoriels. Ceux qui s’en sortent bien – informatique, ingénierie, activités juridiques ou conseil, avec des hausses des recrutements cadres entre + 13 % et + 16 % – refont l’essentiel du chemin perdu en 2020. Pour eux, la fameuse « courbe en V » dont on rêvait tous semble une réalité. Mais pour d’autres, on en est loin, très loin ! Des secteurs qui ont beaucoup souffert souffrent encore en 2021 et descendent encore : l’hôtellerie-restauration, l’automobile, l’aéronautique… Un grand écart inédit !

Dans ce paysage si contrasté se profile une question cruciale pour les entreprises, l’emploi (celui des cadres comme des autres) et la reprise : que vont devenir dans les mois qui viennent les aides publiques massives qui ont permis aux TPE-PME de survivre dans la crise ? Chacun sait bien que la perfusion va devoir s’arrêter, mais pas partout et pas tout en même temps. Le dosage doit être savant ! C’est évidemment l’enjeu clé du moment.

Enfin, le déséquilibre démographique. La crise a frappé durement les jeunes diplômés – comme tous les jeunes en vérité ! Seulement 65 % des diplômés « bac+ 5 et plus » de 2019 sont en poste un an après l’obtention de leur diplôme, 16 points de moins que la promotion précédente. Et pour la promotion 2020, cela risque d’être encore plus difficile, et les sortants de 2021 seront encore victimes du ralentissement des embauches de débutants et d’un « effet embouteillage » redoutable. Mais les crises du passé nous enseignent que, souvent, si les jeunes sont frappés plus vite, ils rebondissent également plus vite. À l’inverse des seniors. La crise les a plutôt épargnés lorsqu’ils étaient en poste, comme tous les salariés, grâce aux aides publiques. La ministre du Travail a raison de se féliciter que leur taux d’emploi n’ait pas reculé en 2020… mais qu’en sera-t-il en 2021 ? Seront-ils, comme souvent dans le passé, la « variable d’ajustement » privilégiée des PSE et autres PDV ?

Mais le « retour à la normale » n’est pas d’actualité pour une autre raison, moins conjoncturelle, plus fondamentale : la crise a accéléré des mutations durables et probablement irréversibles ! L’emploi des cadres est aussi profondément transformé par le surgissement du télétravail, avec ses conséquences pour la réinvention des pratiques managériales comme pour un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.

Oui décidément, 2021 – et demain 2022 – ne seront pas un copié-collé de 2019 !