Handicap : Kliff par Randstad, la première entreprise adaptée de travail temporaire

En février, Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, a inauguré la première agence « Kliff par Randstad », située sur le parvis de la gare RER D à Saint-Denis (93). Les entreprises adaptées de travail temporaire sont une expérimentation issue de la loi « Avenir professionnel » de septembre 2018. Depuis le 20 novembre 2019, quatre entreprises adaptées (EA) ont été autorisées à monter une agence d’intérim dédiée aux personnes en situation de handicap. Fastroad, entreprise adaptée spécialisée dans le transport de marchandises et de personnes, est la première à s’être lancée avec le groupe Randstad pour créer une joint-venture sociale.

« On ne connaissait pas le métier du travail temporaire, les outils RH et IT », précise Manuel Bonnet, dirigeant de Fastroad, qui compte 138 collaborateurs répartis dans cinq agences en France. « Nous avons une complémentarité évidente », ajoute Laurent Morestain, secrétaire général de Randstad France, qui apporte le sourcing et ouvre son portefeuille client, grâce au « levier commercial extraordinaire avec les agences, très importantes en matière de relais », mais aussi en mettant à disposition de Kliff : commerciaux, collaborateurs RH, juristes, financiers, informaticiens et autres fonctions support.

Discuter sans tabou

L’agence qui compte deux employés permanents est dirigée par Jean-Marie Hugues, également directeur du développement de Kliff par Randstad. La majorité des 150 candidats ont entre 25 et 45 ans et un handicap qui n’est pas visible. Certains sont peu diplômés et d’autres ont un bac + 5, comme ce contrôleur de gestion qui a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’un accident de la route. « Il a un parcours professionnel épatant, il a travaillé dans de grands groupes, mais a du mal à gérer son retour à l’emploi », décrit Jean-Marie Hugues. Des temps de formation sont prévus pour faire monter en compétences les candidats. Kliff fait de la pédagogie sur le handicap auprès des entreprises, notamment sur l’adaptation aux postes, qui n’est pourtant pas toujours nécessaire.

Jean-Marie Hugues visite les sociétés à cet effet, car « voir s’il y a un accès à mobilité réduite, savoir si l’on peut aménager le poste, on ne peut pas le faire par téléphone ». Et si la mission se prolonge, il y retourne, « pour identifier s’il y a des ajustements de compétences à faire ».

Reconversion

Yasmine, 47 ans, qui a connu Kliff par Cap Emploi, a été auto-entrepreneuse dans la restauration pendant six ans, jusqu’à ce que son activité devienne incompatible avec son état de santé. Son handicap, reconnu par la MDPH, n’est pas visible. Cette femme veut retrouver un emploi dans le secrétariat et, pour ce faire, a suivi des formations d’agent administratif et d’agent d’accueil. « Je débute, je n’ai pas d’expérience et j’ai du mal à trouver. Je me suis dit, j’ai peut-être une chance par l’intérim », espère-t-elle.

Kliff a déjà placé des secrétaires, mais aussi des préparateurs de commande, agents d’entrepôt, et un technicien de laboratoire. Sans oublier le routage de colis et de plis, avec Viapost, filiale logistique de La Poste. Le premier candidat placé dans cette entreprise est un homme de 37 ans qui vient de commencer une mission d’agent de tri à la plateforme de Chilly-Mazarin. « Je suis très content, car je cherchais du travail depuis un an. Je passais des entretiens, je réussissais les tests. » En vain, surtout quand il mentionnait son handicap, héréditaire, « qui ne se voit pas trop et n’engendre pas trop de contraintes pour travailler ».

Patrice Moreau, directeur de cette plateforme, avait déjà collaboré avec Jean-Marie Hugues et aussi avec Randstad. « Jean-Marie Hugues possédait une solide connaissance de notre exploitation, de nos engagements RSE et inclusion », raconte-t-il. Ce premier recrutement a, de ce fait, été plus fluide et plus efficace et lui a donné envie d’étendre le partenariat avec Kliff.

Il pourra bientôt le faire plus près de sa plateforme, puisque Kliff envisage l’ouverture d’une agence dans le sud de l’Île-de-France, mais également dans la région de Lyon, avant fin 2020. « L’objectif que nous avons est d’avoir rapidement un élargissement territorial », déclare Laurent Morestain. Tout comme Manuel Bonnet, qui se réjouit de la « réelle appétence de la part des clients et des personnes en situation de handicap ». Les deux voient le travail temporaire comme une solution additionnelle pour l’emploi des personnes handicapées.