Allemagne : Bosch se lance dans la formation massive à l’intelligence artificielle

Pour Bosch, le passage à des motorisations plus propres que le diesel n’est qu’un volet de la transition industrielle qui s’annonce. L’avenir de la multinationale, présente dans l’automobile autant que dans l’électroménager et la machine-outil, est aussi marqué par la numérisation tous azimuts de la production et le développement de projets industriels d’un autre genre, tels la maison connectée, la conduite autonome ou l’usine du futur et ses robots communicants. Avec, à la base de toutes ces évolutions, le développement de l’intelligence artificielle.

« Dans les prochaines années, elle sera déterminante pour nous. Le nombre de données disponibles va en effet exploser. Et si nous voulons qu’elles soient utiles aux êtres humains, nous devrons nous appuyer sur les modes de traitement automatisés de l’intelligence artificielle », expliquait ainsi Volkmar Denner, président de Bosch, dans les pages du quotidien berlinois Tagesspiegel, après le grand salon Bosch Connected World 2020, qui a réuni 3 500 spécialistes en février dernier, à Berlin.

C’est sur cette base que Volkmar Denner et ses collaborateurs ont annoncé le regroupement de toutes les activités IA et Internet des objets du groupe au sein d’une nouvelle entité, baptisée Bosch.IO. Celle-ci créera des solutions tant pour les clients que pour le groupe Bosch lui-même. Problème, Bosch.IO ne compte actuellement que 900 ingénieurs IA, sur les 410 000 salariés du groupe. C’est largement insuffisant pour une entreprise qui a l’ambition d’introduire cette technologie dans tous ses produits d’ici 2025. D’où l’annonce d’un ambitieux plan de formation en intelligence artificielle pour 20 000 collaborateurs, ingénieurs et managers, à l’horizon 2022.

« Nous avons posé les jalons du programme en janvier 2018, rappelle Simon Schmitt, porte-parole de Bosch pour les questions RH. Et aujourd’hui, nous disposons d’une plateforme Internet qui fonctionne comme une université en ligne, avec des programmes d’apprentissage et d’entraînement qui débouchent, en 6 à 18 mois, sur des formations de Data Analyst, Data Engineer et Data Scientist. » La plateforme offre des études de cas et des exercices, tous tirés d’exemples vécus chez Bosch. Près de 2 000 développeurs ont travaillé à sa mise au point et à sa version bêta. « À partir de mars 2020, nous démarrerons la phase pilote des formations pour les ingénieurs R & D et les développeurs en IA », ajoute Simon Schmitt. Une fois que la phase pilote aura été lancée en Allemagne, le programme de formation sera progressivement proposé dans les autres pays où le groupe est présent.

« Codex ki »

Ces annonces ont été accompagnées de la présentation d’un code de conduite sur le sujet, le « Codex KI » (Künstliche Intelligenz), à destination des salariés, mais aussi des clients. Pour Bosch, le code doit remplir un double objectif : rassurer les salariés sur la place des IA dans la production et créer la confiance auprès des clients. À l’avenir, aucun produit Bosch, contenant ne serait-ce qu’une once d’intelligence artificielle, ne pourra être fabriqué sans être soumis d’abord, d’une manière ou d’une autre, à une instance de contrôle humaine. Trois options possibles sont évoquées. D’abord, le scénario dit « human-in-command », où les applications IA assistent l’humain au travail et où l’être humain détient le contrôle direct et permanent. Ensuite, le scénario « human-in-the-loop », par exemple dans la conduite autonome, où une application IA prendra seule des décisions qui pourront cependant être stoppées ou changées à tout moment par un humain. Et enfin, la dernière hypothèse dite « human-on-the-loop » implique que les développeurs du produit fixent préalablement des critères de fonctionnement et de décisions à l’application IA, critères que celle-ci ne pourra plus changer.

En interne, le Codex KI a été mis au point par les ingénieurs et développeurs du nouveau Bosch Center for Artificial intelligence (BCAI), en coordination avec le département juridique, des membres de la direction, des experts universitaires et des membres du comité d’entreprise. « L’intelligence artificielle va transformer tous les domaines de notre vie. Un large débat sur la question est donc incontournable », a rappelé, à cet égard, Volkmar Denner lors du Bosch Connected World 2020.