Quelles alternatives face à la perte de sens au travail ?
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« Comment se fait-il que les métiers qui ont un sens social, comme les infirmières, soient moins bien payés qu’un trader ? » Ou que de nombreux cadres et employés dans les services « se sentent pris au piège » d’une activité dont ils ne saisissent plus véritablement le sens, avec des tâches qui leur paraissent absurdes et chronophages ? Très inspiré par le concept des bullshits jobs de David Graeber, ce livre de deux philosophes de l’université de Rennes analyse la crise « de la valeur travail » avec l’éclairage des grands penseurs de l’économie (Marx, Taylor, Adam Smith) ou des philosophes comme André Gorz. Un ouvrage engagé, critique envers le capitalisme financier et le dogmatisme du management toujours « empreint de taylorisme » qui resserre l’étau. La perte de sens ou le burnout sont le reflet d’une culture trop productiviste, qui prône l’adaptation et la performance et détruit « l’intelligence dont l’humain a besoin », affirment les auteurs. Selon eux, la question de l’utilité sociale d’un métier, mais aussi la corrélation entre salaire et durée du travail, sont devenues impossibles dans une économie « immatérielle », où la révolution technologique accélère le rythme : plus que les tâches concrètes ou les savoir-faire, dans nombre de métiers, « l’efficacité de l’activité repose sur la rapidité à réagir face à l’information ». La réelle « valeur travail » aurait bien disparu…

Revoir la question du « temps »

Faut-il donc continuer à accorder autant de temps au travail ? Comment retrouver une utilité sociale ? Replaçant au cœur du débat « la centralité du travail dominante » dans notre société, les philosophes esquissent des alternatives, avec leurs atouts et leurs limites : le revenu universel, pour lequel ils ne cachent pas leur sympathie, estimant qu’il permettrait de s’investir ailleurs que dans l’entreprise, « dans des activités citoyennes ». Une idée qui ne date pas d’hier… Plus novateur : le concept du « slow management », illustré par le cas emblématique de l’entreprise Patagonia. S’ils estiment que cette philosophie n’est pas applicable à tous les domaines et que la qualité de ce type de management reste à prouver, leur livre en explique bien les principes : accorder du temps à la réalisation du travail, « ne jamais s’engager à faire quelque chose sans savoir où on va », « refuser des tâches qui ne seraient pas nécessaires ». Une approche plus « minimaliste » qui sonne juste face à un travail qui malmène.