Allemagne : Deutsche Bahn lance une opération séduction pour recruter

Gare centrale de Munich, le 9 décembre dernier. Martin Seiler, DRH de Deutsche Bahn (DB), est venu en personne accueillir une nouvelle recrue, Christina Hoi. Cette jeune ingénieure en construction est la 23 000e personne embauchée en un an par la compagnie ferroviaire allemande. « Nous avons atteint nos objectifs en un temps record », se félicite le DRH. Alors qu’Audi, Daimler, Deutsche Bank… licencient par milliers, DB, au contraire, recrute massivement. L’entreprise ferroviaire, déjà l’un des plus gros employeurs outre-Rhin (200 000 salariés), a embauché 23 000 personnes en 2019 et en recherche autant cette année. Dans le cadre de sa stratégie « Un rail fort », elle compte recruter au total quelque 100 000 nouveaux collaborateurs – conducteurs de train, régulateurs de circulation, agents de maintenance, agents commerciaux, ingénieurs, informaticiens… – dans les prochaines années.

Remplacer les retraités

L’entreprise doit en effet relever plusieurs défis. Plus de la moitié de ses salariés va partir à la retraite dans les dix ans à venir et elle doit compenser ces départs. En outre, elle s’est engagée, avec l’aide de l’État, à doubler le nombre de passagers longue distance chaque année et à investir massivement dans l’extension de lignes et l’achat de nouveaux trains.

Mais face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée outre-Rhin, trouver rapidement un tel nombre de recrues est une « tâche colossale », souligne Kerstin Wagner. La directrice du département recrutement de DB est à la tête d’une équipe de 700 personnes, qui s’emploient à trouver en permanence des idées originales pour attirer des candidats.

Depuis mai 2017, DB mène une campagne de recrutement baptisée « Bienvenue, tu as ta place chez nous », qui mise sur la sincérité. Dans de courtes vidéos, des salariés parlent de leur parcours, des atouts mais aussi des difficultés de leur métier. « Nous montrons qui nous sommes », explique Kerstin Wagner. On découvre par exemple Adiam, un spécialiste informatique qui essaie, à bord d’un InterCityExpress (ICE), de faire fonctionner la connexion Internet en continu. Dans un autre clip, Dana, qui suit une formation de régulatrice de circulation, explique pourquoi sa passion du piano l’aide à mener à bien sa tâche. Un homme de près de 60 ans, ancien chauffeur dans une entreprise de transport, conduit à présent un bus de DB. Le message est clair : quel que soit leur parcours, hommes, femmes, avec ou sans diplômes, jeunes et expérimentés, sont les bienvenus chez Deutsche Bahn.

Mais, poursuit Mme Wagner, « nous n’attendons pas que les candidats viennent à nous, nous allons au-devant d’eux ». En 2019, une équipe de recruteurs a sillonné le pays : 27 villes en sept semaines pour un « DB-Job-Tour ». La caravane s’est installée dans des lieux stratégiques – sur les places, devant les gares, les boulangeries… Les personnes intéressées pouvaient s’y présenter spontanément. 8 000 entretiens ont eu lieu au total, et près de 700 personnes se sont vu offrir un poste le jour même. Par ailleurs, DB organise depuis longtemps des castings, qui se déroulent dans les gares et même dans les trains. « Notre but est d’éliminer les obstacles et de rendre les procédures de candidature plus simples et plus rapides », explique Kerstin Wagner. C’est également dans cet esprit que DB a décidé en 2018 de ne plus demander aux candidats à l’apprentissage de rédiger une lettre de motivation. Les recruteurs préfèrent miser sur des entretiens individuels pour dénicher la perle rare.

Recherche dans toute l’Europe

Dernière initiative en date, qui témoigne de l’acuité du problème de recrutement, la recherche de candidats dans d’autres pays européens. Son unité « cross border » travaille actuellement en Grèce, en Espagne, en Italie, en Serbie, en Macédoine du Nord et en Roumanie. Son activité ne se limite pas au recrutement classique. Elle propose des formations et des cours de langue sur place. En Espagne, la campagne a déjà rencontré un vif succès. « Les Espagnols doivent payer environ 21 000 euros pour suivre une formation de conducteur de train dans leur pays d’origine, explique-t-on au siège de l’entreprise. L’intérêt a été immédiat : nous avons reçu 11 000 candidatures pour 30 postes ! » Après des cours d’allemand et un premier cycle de formation sur le ferroviaire, en Espagne, les 30 heureux élus ont débuté en janvier leur formation en Allemagne.