Formation : Les chantiers à l’agenda de Constructys

La constitution de Constructys, l’Opco du bâtiment, de la construction et du négoce de bois et matériaux, n’aura pas été de tout repos. Entre le coup d’envoi de la réforme du financement de la formation en 2018 et avril 2019, date de son agrément en tant qu’opérateur de compétences par le ministère du Travail, l’ex-Opca aura traversé nombre de turbulences. Depuis les atermoiements de la Capeb (artisans du bâtiment) hésitant entre une adhésion à Constructys ou à l’Opco des entreprises de proximité jusqu’au recours intenté par la CGT devant le Conseil d’État pour contester les statuts de l’opérateur de compétences en passant par une autre action en justice engagée, cette fois, par la CFDT. À ce jour, d’ailleurs, la CGT n’a toujours pas signé l’accord constitutif de l’Opco, s’excluant par là même de son conseil d’administration. Quant au CCCA-BTP, cet organisme gestionnaire de 126 centres de formation d’apprentis, il constitue toujours une pomme de discorde entre les organisations patronales qui aimeraient le voir passer dans le giron de l’Opco et celles qui préfèrent qu’il demeure autonome.

En attendant d’éventuels nouveaux coups de grisou, l’Opco – rejoint par la branche du négoce de bois et de matériaux venue d’Intergros – a tout de même dû se mettre en ordre de marche pour être au rendez-vous de la réforme. Et à se restructurer en conséquence, particulièrement au niveau de ses réseaux délégataires de terrain. Les 14 associations paritaires régionales (APR) et les réseaux territoriaux de la FFB et de la Capeb, à qui l’ancien Opca avait confié ses missions d’information et de conseil auprès des PME et TPE, ont ainsi cédé la place en 2019 à de nouvelles structures directement liées à l’Opco et chargées d’assurer le relais de l’opérateur de compétences au plus près de ses 197 000 entreprises adhérentes (dont 98 % de moins de 50 salariés) et de leur 1,4 million de salariés. Et pour sa première année d’exercice, Constructys a mis les bouchées doubles avec 360 000 stagiaires formés dont 223 000 au titre du plan de développement des compétences des PME-TPE, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2018. Et 116 000 rien que dans les entreprises de moins de 11 salariés. S’ajoutent à cela les 400 diagnostics GPEC de terrain réalisés auprès des entreprises. Seul point noir : le CPF qui semble ne pas prendre dans le périmètre de Constructys, même si l’Opco en a financé 14 000 l’an passé. Mais le défi majeur qui se présente à Constructys reste celui de l’alternance et de l’apprentissage. Dans un secteur très consommateur en matière de professionnalisation (81 000 périodes et 14 200 contrats de professionnalisation ont été financés l’an passé), l’arrivée d’un dispositif nouveau comme Pro A, qu’il faudra financer sur l’enveloppe globale de l’alternance (apprentissage compris), inquiète, d’autant que les branches de Constructys ne disposent pas encore d’accords étendus à ce sujet. À quoi s’ajoute désormais le financement de l’apprentissage « au contrat » proprement dit. Constructys a récupéré la gestion de 65 000 à 80 000 contrats (les chiffres ne sont pas consolidés), soit 18 % des effectifs totaux d’apprentis répartis, et se prépare à devoir mettre en place un dialogue avec les quelque 1 000 établissements et centres de formation actifs sur le domaine de l’alternance en France. Gros travail en perspective, surtout concernant le cas des formations transverses… Malgré le niveau de préparation qu’affiche l’Opco, 2020 risque de susciter quelques cahots chez Constructys, d’autant qu’il devra aborder l’année à venir avec une nouvelle tête, Claire Khecha ayant annoncé sa démission de la direction générale.