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Sur le terrain

Diversité : PwC affronte le racisme en entreprise

Sur le terrain | publié le : 21.10.2019 | Caroline Crosdale

La direction de PwC a décidé de se battre contre le racisme au quotidien dans l’entreprise. Et elle implique clients et concurrents dans son combat.

Il s’appelait Botham Jean. Il avait 26 ans. Le jeune comptable, originaire de Sainte-Lucie dans les Caraïbes, se reposait chez lui, après une journée de labeur au cabinet de conseil et d’audit PwC (PriceWaterhouseCoopers). Une policière blanche de Dallas, qui a affirmé s’être trompée d’appartement (elle habitait à un autre étage de l’immeuble), est entrée. Elle a cru qu’un intrus noir avait « envahi son espace ». Elle a tiré et l’a tué. L’affaire, qui a fait la Une des journaux aux États-Unis en septembre 2018, a aussi secoué PwC, l’employeur de Botham Jean. Le cabinet a décidé de financer quatre bourses de 5 000 dollars par an, destinées à des étudiants des minorités de l’université Harding, dans l’Arkansas, là où Botham Jean avait étudié. Et surtout, l’entreprise a promis de « transformer ce terrible épisode en un catalyseur pour ouvrir le dialogue dans la communauté des affaires ». La direction de PwC a décidé d’accroître ses efforts pour affronter le racisme au quotidien dans l’entreprise. Un sujet épineux aux États-Unis.

Derrière cet engagement, on retrouve Tim Ryan, le numéro un du groupe depuis 2016. il semble pourtant mal équipé pour ce combat. Cet homme blanc en costume, au sourire engageant, a tous les attributs du parfait Wasp (White Anglo-Saxon Protestant). Mais l’habit est trompeur. Le patron d’origine irlandaise a grandi du mauvais côté de Boston dans un quartier ouvrier. Il a été le premier de sa famille à faire des études supérieures. Lorsqu’il entre chez PwC, il vient tout juste d’acheter son costume et deux chemises blanches dans le grand magasin Sears. Et il a fait une erreur. Il a choisi des chemises à manches courtes, les professionnels de PwC préfèrent les manches longues. Autant dire que Tim Ryan est un outsider. Des dizaines d’années plus tard, le dirigeant n’a pas oublié. Faire partie de la minorité, ne pas se sentir à l’aise au bureau, il connaît.

La journée de la compréhension

C’est pourquoi, lorsqu’il accède au poste de président, en 2016, il veut tout de suite sensibiliser aux préjugés inconscients. Ceux qui font que la majorité des hommes blancs aux postes à responsabilités assument que les femmes, les personnes handicapées, les gens de couleur… ne sont pas à la hauteur. À cette époque, les violences policières contre les Noirs font déjà trop souvent la Une des médias. Le dirigeant envoie un courrier électronique à ses troupes américaines. Il reconnaît la gravité de la situation, sait que les salariés y pensent, et déclare que lui aussi se sent concerné. Quelque 1 000 personnes lui répondent. La direction décide alors de poursuivre le dialogue. Des réunions sont organisées, sans règle, sans protocole. Il y a tout juste une courte vidéo d’introduction, pour entamer les discussions.

Depuis ce galop d’essai, les initiatives ont fleuri. Tim Ryan demande aux autres patrons de s’impliquer. Il parle à ses clients, contacte les grands du métier, l’assureur New York Life, les cabinets Accenture, Deloitte, EY… Ils mettent ensemble sur pied l’organisation CEO Action for Diversity and Inclusion (action des PDG en faveur de la diversité et de l’inclusion). Plus de 150 patrons échangent leurs idées sur la meilleure façon de faire. Ils organisent dans leurs entreprises une fois par an une « journée de la compréhension », afin de faciliter les « conversations courageuses ».

Chez PwC, il y a déjà eu trois sessions du genre. Des vidéos 4REAL (Reconnaître, Explorer, Agir et Apprendre) ont été diffusées auprès de 17 000 personnes en décembre dernier. Les cadres du groupe s’engagent. Tout manager, directeur ou manager en passe d’être promu suit une formation sur les préjugés. Ce cursus fait aussi partie du processus d’intégration des nouveaux embauchés de l’année. Les discussions sont encouragées. On demande aux intéressés de prendre conscience de qui fait partie de leur entourage, de leurs amis : des gens qui leur ressemblent ou d’autres ?

Davantage de diversité

La direction de PwC espère ainsi changer les comportements et l’image de l’entreprise. Les dirigeants du groupe n’aiment guère parler chiffres. Il n’empêche. En juillet 2019, on constate que sur douze mois, 249 personnes sont devenues « partenaires » chez PwC. Quelque 47 % des promus sont des femmes et des personnes issues de minorités. L’organigramme s’est enrichi. La diversité a crû de 18 % depuis 2016. Et PwC peut ajouter à ses vidéos sur les conseils fiscaux une conversation entre Tim Ryan et Alberto Villlarreal. Ce directeur d’origine mexicaine conseille les entreprises d’Amérique latine. Chez PwC, dit-il, « on se sent en sécurité ».

Auteur

  • Caroline Crosdale