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Sur le terrain

Recrutement : La fin des CV chez Leroy Merlin Ile-de-France

Sur le terrain | publié le : 25.03.2019 | Dominique Perez

Leroy Merlin a choisi, en Ile-de-France, de généraliser l’entretien de recrutement vidéo, et ne demande plus de CV aux candidats pour les postes d’employé et de responsable de vente.

C’est un vrai tournant dans le process de recrutement de Leroy Merlin. Après avoir expérimenté pendant trois ans l’entretien vidéo en différé pour recruter les employés et agents de maîtrise des magasins d’Ile-de-France (60 magasins sur 141 l’ont testé), l’enseigne a décidé purement et simplement de se passer des traditionnels CV pour faire confiance uniquement à ce dispositif, depuis la fin de l’année 2018.

« La méthode classique de réponse à des offres d’emploi ne nous apporte pas les candidats que nous cherchions, estime Estelle Roquette, responsable talent sourcing. Nous voulons avant tout détecter les « soft skills », les aptitudes et les compétences des candidats, plus que le détail des expériences précises ou leurs diplômes. Nous ne demandons pas aux candidats d’être électriciens pour travailler au rayon électricité, par exemple. Nous avons suffisamment de moyens pour les former en interne à nos métiers. » Le principe ? Incitées, notamment par les réseaux sociaux, à candidater chez Leroy Merlin. Les personnes sont invitées à se rendre sur la plateforme Visiotalent, développé par Cleverconnect. Elles peuvent y découvrir les différents univers de l’enseigne, ses métiers, ses valeurs… et préparer leur entretien vidéo, via une webcam ou un smartphone, en répondant à des questions préalablement rédigées par les recruteurs. Par exemple : « Vous êtes en magasin, et un client revient avec un produit qu’il a acheté, ouvert et s’avère être cassé. Il se plaint que le produit est défectueux, mais vous comprenez vite que c’est le client qui s’en est mal servi. Comment réagissez-vous ? » En fonction de leurs réponses, de leur attitude, « on peut voir ce qu’ils montrent d’eux-mêmes, explique Estelle Roquette. Et on va pouvoir les positionner plutôt sur tel ou tel type de poste. »

Des profils plus diversifiés

Adressées aux responsables de recrutement des magasins, les vidéos deviennent la porte d’entrée d’un process d’embauche basé sur des mises en situation, qui ne « sont pas une compétition, précise Estelle Roquette. Si 10 candidats sont estimés intéressants, nous recruterons les 10. »

Sans aucune information préalable sur le passé professionnel et les diplômes du candidat, le recrutement serait plus objectif, selon Louis Coulon, cofondateur de Cleverconnect, qui développe Visiotalent pour environ 600 entreprises actuellement. « En 2017, un magasin, qui s’est mis à 100 % au recrutement par vidéo, a consulté ensuite les CV des personnes recrutées par ce biais. Il a estimé que 30 % d’entre eux n’auraient pas été retenus. » La diversification des profils est un des atouts évidents pour Estelle Roquette : « Photographes, boulangers, ex-professeurs… Si leurs CV étaient parvenus aux ressources humaines, il est fort possible qu’ils n’auraient pas retenu l’attention. »

Aujourd’hui en phase de généralisation dans les magasins, le principe est cependant chronophage. Sans l’étape de la présélection sur CV, les recruteurs sont amenés, par principe et « par respect pour des candidats qui ont dû se plier à un exercice exigeant », à visionner des centaines de vidéos. « Nous envisageons de centraliser le visionnage auprès des services RH », explique Estelle Roquette.

Le recours à l’intelligence artificielle, qui pourrait permettre de détecter l’adéquation du candidat à l’entreprise à partir de la vidéo, commence à être envisagé. Mais pour l’enseigne, ce serait contraire à ses valeurs. « Nous privilégions l’intelligence émotionnelle à l’intelligence artificielle pour le moment, éthiquement pour nous c’est très important. »

Une fin définitive ?

Au-delà des avantages en termes de diversité des profils recrutés, l’utilisation de la vidéo différée est aussi un facteur d’attractivité notamment pour les jeunes diplômés, selon Louis Coulon : « Les échanges sur ce sujet sur les réseaux sociaux sont des atouts évidents pour la marque employeur. » Leroy Merlin inscrit aussi la démarche dans l’ère de la digitalisation de l’entreprise : « Même si on ne demande pas une haute technicité aux candidats, il est important qu’ils soient à l’aise avec les outils digitaux », souligne Estelle Roquette. Le bon vieux CV ne devrait guère résister longtemps chez Leroy Merlin.

Auteur

  • Dominique Perez