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Enquête sur les « tâcherons » du web

Les clés | À lire | publié le : 04.02.2019 | Lydie Colders

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Enquête sur les « tâcherons » du web

Crédit photo Lydie Colders

La prophétie « du grand remplacement technologique », selon laquelle l’intelligence artificielle ferait disparaître le travail humain ? Le sociologue Antonio Casilli la démonte dans ce livre d’enquête. Nul ne saurait se passer d’humain, soutient le chercheur, spécialisé dans le numérique. Si Google ou Amazon bousculent les marchés et le travail, les Gafam ne fonctionneraient pas sans une armada de « plusieurs centaines de millions de travailleurs ultra-précaires ». C’est à ces dérives des plate-formes et à ces formes de digital labor que l’auteur s’attaque dans son livre d’enquête très riche : le travail à la demande qui « explose » (illustré par le modèle controversé des chauffeurs d’Uber), et surtout le « microtravail » à la tâche pour traiter les données, très instructif. L’auteur l’illustre par le système d’Amazon Mechanical Trust et de ses travailleurs à domicile qui seraient payés « au taux moyen horaire de 2 dollars » pour « effectuer des opérations que les machines sont incapables d’accomplir elles-mêmes », comme « retranscrire un ticket de caisse à partir de la photo » ou « sélectionner des images de hot-dogs ». Un procédé qui serait selon lui utilisé chez Google pour « trier les photos » ou « suggérer des liens sponsorisés ». De quoi balayer la croyance dans l’algorithme tout puissant ! Et faire au passage réfléchir les entreprises séduites par les prestataires du big data. Car son livre montre aussi toute une économie de sous-traitance mondiale du digital labor, en Inde ou à Madagascar. Ou même, plus illégal, l’existence « de fermes à clic » en Russie… Une plongée dans l’envers du décor glaçante et radicale. Pour l’auteur, le modèle économique rêvé des Gafam reposerait bel et bien sur « les tâcherons du web » qui échappent à tous les radars. L’ouvrage, postfacé par Dominique Méda, interroge une fois de plus la nécessité d’un statut du travail pour ces ouvriers du digital, payés « à la pièce ». Antonio Casilli émet quelques pistes sur ce point, semblant préférer aller vers « un modèle de coopérative des communs » plutôt que de ramener ces microtravailleurs dans le giron du salariat face à un phénomène international. Un choix discutable, très philosophique…

Auteur

  • Lydie Colders