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Outplacement : Booming, une agence pour Papy-Boomers

Le point sur | publié le : 21.01.2019 | Lys Zohin

En plaçant de jeunes retraites dans des entreprises, Booming a trouve le moyen de rendre service aussi bien aux humains qu’aux organisations et a la société tout entière.

Des projets peu intéressants, moins de déplacements, une mise à l’écart – voire au placard : les seniors tels que les a connus Nicolas Chanut dans une première vie professionnelle, en tant que directeur commercial dans le secteur des services pétroliers, n’ont pas la vie facile… « Je travaillais avec des gens tous plus âgés que moi, se souvient ce nouvel entrepreneur de 43 ans. Et tous voyaient arriver l’âge de la retraite avec anxiété. »

Au point que son empathie pour ces seniors – délaissés, déclassés, déconsidérés –, l’a incité à créer, il y a trois ans et demi, la société Booming. Une « agence » qui fait l’interface entre des entreprises nécessitant, ponctuellement, un coup de main sur un projet ou pour un remplacement, et des seniors, que Nicolas Chanut appelle des « boomers », jeunes retraités ou en passe de l’être, prêts à consacrer du temps à l’entreprise. Contre rémunération bien sûr. « Il ne s’agit pas d’intérim. Nos clients achètent une prestation intellectuelle. Et nos boomers deviennent par exemple consultants dans leur ancienne entreprise, ou prêtent main-forte dans une autre, surtout si des jeunes à la tête bien faite mais sans expérience de terrain, sur des chantiers ou ailleurs, ont été embauchés », explique-t-il.

Un cumul emploi-retraite qui n’apporte que des avantages. « Souvent en temps partiel, le boomer, payé par nos soins selon les standards professionnels courants, est très efficace dans l’entreprise, compte tenu de son expérience, tandis que la cotisation chômage sur son salaire n’ouvre pas de droits, par définition. Booming rend donc un service au retraité-salarié en lui donnant l’occasion de transmettre son savoir-faire et de se rendre utile ; à l’entreprise, puisqu’elle bénéficie de ses compétences et de connaissances dont elle a besoin et qui pourraient être perdues autrement ; et à la société tout entière puisque le salarié-retraité cotise davantage », énumère Nicolas Chanut. Une aubaine, alors que les seniors « sont une population particulièrement mal traitée dans de nombreux pays », pointe l’entrepreneur.

Aujourd’hui, l’agence de placement compte une dizaine de clients, grands et petits, dans le secteur bancaire notamment, et une trentaine de personnes en mission. Sur un vivier d’environ 400 professionnels (dont 40 % de femmes), d’un âge moyen de 63 ans, Booming en connaît bien une bonne moitié, qu’elle a déjà placée dans diverses entreprises, pour une durée moyenne d’environ six mois. À moins que l’entreprise ne leur offre un nouveau CDI ! « C’est ce qui est arrivé à un salarié mis au chômage à la fin de son parcours professionnel et qui vient d’être embauché chez un de nos clients », se réjouit Nicolas Chanut.

Un phénomène en croissance

Le portefeuille de clients de la nouvelle agence de placement pour seniors pourrait s’étoffer. De fait, pour la première fois dans l’histoire des sociétés industrialisées, il y a davantage de salariés qui quittent leur emploi pour partir en retraite que de jeunes qui prennent un poste. « Avant de lancer Booming, j’ai vérifié auprès de plusieurs entreprises : elles faisaient effectivement face à ce défi », indique Nicolas Chanut. Des grandes organisations, banques, compagnies d’assurances ou autres, aux petites structures, nombreuses sont celles qui ont du mal à gérer de façon optimale la sortie de leurs collaborateurs. Les PME, sans grandes ressources pour recruter ou former un nouveau salarié à la suite d’un départ à la retraite, étant les moins bien équipées dans ce domaine.

Collaborer avec les seniors actifs

Et la prise de conscience, graduelle, est en marche. « Les entreprises que nous démarchons tendent l’oreille, assure le président de Booming, il faut maintenant qu’elles arrivent à se mettre en route ! » Autrement dit, qu’elles agissent pour gérer les fins de carrière de leurs collaborateurs, d’une part, et pour organiser la collaboration avec des seniors actifs, de l’autre. Sous peine, autrement, de perdre de précieuses connaissances, qu’elles ont mis tant d’années à constituer chez leurs salariés. D’autant qu’une mauvaise gestion d’un professionnel à l’approche de la retraite n’a que des effets pervers. Au-delà de la perte de savoir-faire, le risque majeur est un désengagement du futur retraité, quand ce n’est pas de ses équipes. Le tout pouvant déstabiliser bien des organisations…

Autant dire que « les entreprises devraient prendre autant de soin à la sortie des collaborateurs qu’elles en prennent à l’accueil et l’intégration des nouveaux venus », conclut Nicolas Chanut.

Auteur

  • Lys Zohin