Formation : Les Mooc ? Même pas morts !

Lorsqu’elle lit les titres de presse annonçant la mort des Mooc (Pourquoi les Mooc n’ont-ils pas tenu toutes leurs promesses ?, Les Échos Start, mai 2018 ; Pourquoi les Mooc ne tiennent pas leurs promesses ?, Harvard Business Review, août 2018 ; Mooc : la révolution n’a pas eu lieu, The Conversation, septembre 2018 ; Qui a mis KO les Mooc ?, Franceculture.fr, septembre 2018…), Cécile Cochard ne cache pas sa surprise. « Quelque chose m’échappe dans cette série d’annonces sur l’échec des Mooc… puisque j’observe exactement le contraire ! », explique la responsable des partenariats et de la formation du GIP Fun-Mooc (France université numérique), le groupement d’intérêt public qui héberge et diffuse quelque 470 cours en ligne produits par plus de 120 établissements d’enseignement supérieur français. Selon une étude à paraître fin novembre, mais dont Entreprise & Carrières a pu obtenir quelques éléments en avance, les Mooc, loin d’être à l’agonie, semblent même monter en puissance. « Le taux de satisfaction des utilisateurs approche les 90 %, le nombre de Mooc conçus et diffusés augmente, les partenariats publics-privés ne cessent de se développer, les DRH confient tous leur intérêt pour ce type de dispositif de formation et il n’y a jamais eu autant d’actifs – salariés, travailleurs non salariés ou demandeurs d’emploi – pour se former grâce aux Mooc ! »

Une réponse aux besoins d’information

Le hiatus entre le développement du phénomène Mooc et la perception qu’il inspire est manifeste. Pourquoi ? Peut-être parce que son évolution entre 2010 et aujourd’hui est passée sous le radar, suggère Pierre Dubuc, cofondateur de l’école en ligne OpenClassrooms : « Tout dépend de ce que l’on appelle Mooc, explique-t-il. S’il s’agit des cours en ligne non diplômants tels qu’ils ont pu exister en 2010 lors de leur apparition, ce modèle a effectivement échoué. Il est devenu has been et n’existe d’ailleurs quasiment plus. Son intérêt est d’avoir été le déclencheur d’un mouvement bien plus vaste de digitalisation massif de l’enseignement et de la formation professionnelle ». Sans doute aussi les Mooc ont-ils suscité trop d’espérances dès le départ. Quand Stanford et Harvard, deux des plus prestigieuses universités américaines, ont mené leurs premières expérimentations en la matière, aux alentours de 2008-2009, les Mooc étaient porteurs d’une promesse : celle d’un enseignement massif, quasi gratuit (seule la certification finale étant payante) et accessible à tous. Bref, « un diplôme d’une grande université américaine pour 50 dollars ! », affirmaient les premiers promoteurs des Mooc. « Quand les Mooc sont apparus, ils ont été perçus comme une solution optimale pour la formation et l’éducation. On allait former plus, mieux et gratuitement ! Certains discours entendus étaient à la limite du messianisme… Forcément, la réalité a déçu et les taux de décrochage ont explosé ! », confirme Yannick Petit, CEO de Unow, un éditeur spécialisé dans la conception de Spoc. Selon lui, si les Mooc n’ont pas répondu aux attentes à court terme, ils pourraient bien faire leurs preuves sur le temps long. Et à condition de ne pas promettre plus qu’ils ne peuvent donner : « Les Mooc sont des outils calibrés pour délivrer des contenus de microformation à suivre en autonomie plutôt qu’à développer des compétences complexes. Le Mooc répond plus à des besoins d’information que de formation », résume Yannick Petit.

Pionnières : les grandes entreprises

Bon an, mal an, les entreprises ont fini par se convertir à la « révolution Mooc » et à les intégrer dans les dispositifs de formation à destination de leurs collaborateurs. Orange, par exemple, s’y est lancé dès 2015, après avoir constaté que ses salariés s’inscrivaient de leur propre initiative à des cours en ligne disponibles sur Internet… avant de faire passer les droits d’inscription en note de frais auprès de l’employeur ! « Progressivement, les grandes entreprises s’y sont mises. Soit en réalisant leurs propres Mooc (ou Cooc ou Spoc…) en interne, soit en inscrivant leurs salariés à des Mooc produits à l’extérieur ou en achetant des Spoc dans des catalogues d’éditeurs. La phase suivante a été l’internalisation de leur production », détaille Jocelyne Turpin, dirigeante de l’agence de conseil en développement de stratégies Mooc Digital Satellite. BNP Paribas, Pernod-Ricard, La Poste, Renault, Engie, Nestlé, Valeo ou encore la Société Générale ont fait partie des pionniers français à intégrer les Mooc dans leur palette formative. Les entreprises de plus petite taille, elles, ont du mal à franchir le cap car malgré la démocratisation des outils numériques (logiciels de montage vidéo, plateformes de diffusion grand public type Youtube…), le coût de production d’un Mooc reste encore prohibitif pour les PME, puisqu’il oscille entre 40 000 et 100 000 euros pour un cours de quatre semaines doté d’une durée de vie de deux ou trois ans. En outre, dans un pays comme la France où la formation présentielle tient encore le haut du pavé et représente 80 % de l’achat des entreprises, le phénomène Mooc reste encore méconnu. « Il en va des Mooc comme de la formation en général : les PME y accèdent moins facilement », regrette Noria Larose, directrice associée chez Nell & Associés, un organisme de formation spécialisé dans l’e-learning.

Des développements destinés aux PME

Conscients de ce problème, certains organismes financeurs de formation ont choisi de jouer les chefs d’orchestre. C’est le cas d’Opcalim, l’Opca de la filière alimentaire, qui a lancé en 2014 un Mooc dédié au développement des compétences et à la sécurisation des parcours professionnels destiné aux PME et TPE du secteur et développé en partenariat avec Fun-Mooc et l’IAE de Caen. « Joué en 2015, 2016 et 2017, il a attiré quelque 30 000 salariés. Et nous l’avons relancé le 15 novembre dernier pour une quatrième session », annonce Catherine Guyonnet, directrice de l’innovation et des services aux entreprises au sein de l’Opca. Opcalim et Fun-Mooc sont d’ailleurs à l’origine d’un consortium de cinq Opca (avec le Fafih, Unifaf, Uniformation et Opcabaia) qui ont mutualisé leurs moyens pour créer un cours transbranches dédié à la digitalisation des petites entreprises. Autre solution pour les PME d’accéder à des cours en ligne, l’inscription de leurs salariés à des Mooc ou Spoc déjà existant. La multiplication de l’offre a permis une démocratisation des prix et aujourd’hui, une inscription individuelle se monnaie entre 350 et 600 euros en moyenne. Dans cette configuration, la monétisation du compte personnel de formation (CPF) à hauteur de 500 euros par an prévu par la loi « Avenir professionnel » ouvre de nouvelles perspectives pour les salariés des petites boîtes. « Les entreprises pourront négocier des possibilités d’abondement pour convaincre leurs collaborateurs grâce à des Mooc. Certaines ont déjà signé des accords leur permettant de coconstruire des parcours de formation à partir du CPF des salariés », observe Pierre Dubuc. Les Mooc sont-ils à l’aube d’une deuxième jeunesse ?

Glossaire

MOOC – Massive Open Online Courses (« cours en ligne ouverts à tous ») : cours, généralement universitaire, ouvert gratuitement sur Internet et accessible sur inscription gratuite. Un Mooc se déroule sur plusieurs semaines à raison d’un certain nombre de séquences vidéos d’explication et d’exercices par semaine. Il peut donner lieu à un examen final (généralement payant) qui débouche sur un « badge » ou une certification. En France, la plupart des certifications proposées par les éditeurs sont inscrites à l’inventaire du RNCP.

COOC – Corporate Open Online Courses (« cours d’entreprise en ligne ouverts ») : cours dispensé par une entreprise auprès d’une communauté d’apprenants. Son accès est généralement restreint.

SPOC – Small Private Online Courses (« cours privé restreint en ligne ») : Cooc à l’audience restreinte ouvert à un public ciblé pour former des salariés à une thématique professionnelle précise (la relation client, la qualité de vie au travail…).