Innovation : À Nantes, Keran accueille des « jeunes pousses »

La mise à disposition d’un espace, fut-il organisé comme un espace de coworking, ne suffit pas toujours à ce que la greffe prenne entre des jeunes pousses ambitieuses et créatives et une entreprise au management traditionnel. Le groupe Keran a, lui, inscrit ce projet dès la phase de conception de son nouveau siège social, au cœur de l’île de Nantes, dans un contexte urbain témoin de l’évolution de la ville et de ce quartier, ponctué de grues et de chantiers. Bâtiment contemporain imaginé par l’architecte Dominique Perrault, le siège du groupe est à lui seul un message : grandes terrasses en bois ponctuant l’immeuble, expositions photos, aires de repos, luminosité et bureaux vitrés… Les espaces de travail autrefois cloisonnés sont organisés comme autant d’îlots permettant de travailler par équipes d’une quinzaine de personnes… L’entreprise, dont le nouveau siège a été inauguré en 2015, regroupe quatre sociétés ayant des compétences complémentaires, dans l’urbanisme, l’architecture, le développement durable et l’environnement : Sce (aménagement et l’environnement), Créocéan, (océanographie), Groupe Huit (développement urbain) et Naomis (systèmes d’information). Les 520 salariés du groupe (dont 300 au siège) ont été amenés dès les premiers plans à donner leur avis sur l’aménagement des espaces de travail, conçus en fonction de leurs activités.

Des « flottilles dans un paquebot »

Mais à une transversalité entre les activités du groupe déjà inscrite dans le mode de fonctionnement de l’entreprise, Yves Gillet, directeur général, a souhaité insuffler de l’air extérieur. « Nous avons aménagé sur 300 mètres carrés un étage accueillant des start-up et jeunes pousses du territoire, susceptibles d’apporter de la fraîcheur et de l’innovation aux experts de Keran, explique-t-il. En quelque sorte, des flottilles dans notre paquebot… Les nouvelles manières d’aborder l’entreprise de ces entrepreneurs, qui cassent souvent les codes, sont agiles, mobiles, me semblaient intéressantes à intégrer dans le groupe. » Autre motivation du DG : participer au développement de « l’écosystème » nantais et à la création d’emploi, en aidant au développement de jeunes entreprises, mais avec des activités proches et/ou complémentaires. Architecture, économie circulaire, valorisation des déchets organiques… « Il n’était pas question d’accueillir des sociétés qui n’auraient rien eu à voir avec nos activités ni avec notre démarche, explique Yves Gillet, impliqué lui-même dans des réseaux d’entrepreneurs de la région. Ils doivent avoir un certain regard sur la société, et engagés dans des démarches humanistes… »

Parmi les huit entreprises accueillies, qui comprennent d’un à dix salariés, l’une a le statut de start-up, incubée par Keran. Il s’agit de Wexcity, qui a conçu une plate-forme digitale de gestion urbaine adaptée aux pays du sud en forte croissance. Après trois ans de cohabitation, Yves Gillet se réjouit. Favorisés aussi par les espaces communs permettant de se retrouver hors du travail, salles de sport, de restauration, aires de repos… les « frottements » s’opèrent entre les activités. Pour les entrepreneurs accueillis, l’un des intérêts de cette cohabitation réside également dans la possibilité d’être conseillés, voire accompagnés sur du plus long terme, par la direction des ressources humaines ou la direction financière du groupe. « Dans le cas d’un accompagnement de longue durée, il s’agit d’une prestation de service de nos experts comme si la jeune entreprise faisait appel à un consultant. Mais cela peut prendre aussi la forme d’un « coup de main » de trente minutes ou d’une heure… les échanges sont aisés. » Bref, une fertilisation croisée pour le groupe, qui envisage son extension sur l’île de Nantes dans les années à venir…