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Sur le terrain

Retour sur… La mise en place du télétravail à l’hôpital de Valenciennes

Sur le terrain | publié le : 23.05.2017 | Solange de Fréminville

Crédit photo

L’hôpital de Valenciennes a commencé à expérimenter le télétravail en 2015, à un moment où ce dispositif était quasi inconnu du secteur hospitalier et pas encore réglementé par le décret du 11 février 2016(1). Dès l’origine, la DRH a porté le projet, validé par les instances représentatives en 2014.

« Il y avait une demande en interne, raconte Agnès Lyda-Truffier, DRH de l’établissement. Un cadre RH motivé a participé à des réunions sur le télétravail au sein de la plateforme inter-fonctions publiques animée par le secrétariat général aux affaires régionales (Sgar) du Nord-Pas-de-Calais et un cabinet conseil. Cela nous a aidés à démarrer, notamment pour clarifier les questions juridiques en attendant la parution du décret. »

Premiers agents à tester le télétravail : 10 secrétaires médicales du pôle des consultations externes, pour saisir les comptes rendus dictés par les médecins. Qu’elles le fassent chez elles ne posait a priori aucune difficulté. Il suffisait qu’elles récupèrent les fichiers numériques des dictées sur l’intranet. Mais un problème inattendu a failli tout faire capoter. « Le débit des dictées était haché, et donc la voix peu audible », se souvient Kevin Lefèvre, adjoint au DRH. Les informaticiens du centre hospitalier ont trouvé la solution : transmettre les données audio par paquets numériques, et l’expérimentation a pu reprendre. Par la suite, celle-ci n’a plus rencontré aucune difficulté technique.

Une augmentation de la productivité

« L’intérêt est que cela rend le travail plus efficient. On est chez soi, plus concentré sur sa tâche, plus à l’aise, pas dérangé par le bruit, les appels », estime Agnès Lyda-Truffier. « D’après la littérature sur le sujet, la productivité augmente de 15 à 20 % en télétravail », souligne Kevin Lefèvre.

L’objectif de la démarche est avant tout d’améliorer les conditions de travail et la compatibilité entre vie privée et vie professionnelle, en réduisant les déplacements et en permettant de travailler à domicile. C’est ce qui a séduit aussi les autres candidats au télétravail : quelques secrétaires médicales travaillant dans d’autres pôles, deux techniciens d’informatique médicale, cinq cadres (administratifs et cadres de santé). Soit environ 20 personnes actuellement.

Les cadres peuvent choisir un forfait annuel, réparti de manière souple dans l’année. « Je travaille chez moi dix jours par an pour rédiger les comptes rendus de réunion des instances représentatives, relate l’adjoint au DRH. Un autre cadre prend quelques jours en fin d’année pour préparer les budgets prévisionnels du personnel. »

Aucun métier n’est exclu a priori du télétravail. Les soignants, quand ils ne sont pas auprès des patients, ont des tâches administratives ou qui relèvent de leur responsabilité d’encadrant – des tâches réalisables à distance. « Une infirmière qui a un petit problème de santé et veut continuer à travailler, peut par exemple constituer un protocole de soin ou rédiger un projet de service », détaille Agnès Lyda-Truffier.

Le dispositif est cadré. Fondé sur le volontariat, il fait l’objet d’une convention entre le candidat au télétravail et son encadrant, et n’est autorisé qu’au domicile du salarié. Celui-ci peut se connecter sur l’intranet de 6 heures du matin à 21 heures et doit badger (virtuellement) pour signaler qu’il est au travail. Au préalable, un prestataire est chargé de contrôler l’installation électrique générale et l’équipement spécifique destiné à la connexion au réseau. L’assurance du domicile doit couvrir l’activité de télétravail.

La prévention des risques est prise en compte. « Il faut que la pièce où travaille l’agent soit aérée, éclairée, que le siège soit adapté… Tout accident est déclaré comme un accident de service dès lors qu’il se produit pendant les horaires de travail », précise Agnès Lyda-Truffier.

Repenser les organisations

Selon la DRH, le bilan est très positif. « Les gains sont réels : des agents moins fatigués, pas d’absentéisme, et une satisfaction au travail », énumère-t-elle. Au chapitre du développement durable, des trajets moins nombreux, qui ont aussi pour avantage de réduire le coût des déplacements pour les agents. Enfin, « le télétravail est un moyen de repenser les organisations, estime Kevin Lefèvre. Cela oblige à lister les tâches qui peuvent être réalisées à domicile et donc à revoir les postes de travail. Cela modifie aussi le positionnement de l’encadrant, qui devient un chef d’orchestre, dans une relation de confiance avec les salariés, chargé de mettre en musique leurs compétences et concentré sur une obligation de résultat, non sur une obligation de moyens. »

Sur un total de 5 000 agents, la DRH estime prudemment qu’il pourrait y avoir « une cinquantaine » d’adeptes en 2017. Une percée encore timide. Mais elle a prévu de communiquer largement sur le sujet via le journal interne qui publiera un dossier sur le sujet au cours de l’année.

Le dispositif est encore inhabituel en milieu hospitalier. « Le télétravail n’est pratiqué que par 2 % de fonctionnaires et seulement quelques hôpitaux depuis 2015 », rappelle Christelle Cremas, consultante du cabinet Neeria, qui a mené une étude sur le sujet pour le compte de l’ANFH, l’opca de la fonction publique hospitalière.

1) Le décret du 11 février 2016 relatif aux modalités et conditions de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature.

Auteur

  • Solange de Fréminville