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Du bon usage de la philosophie en entreprise

La chronique | publié le : 23.05.2017 |

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Du bon usage de la philosophie en entreprise

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Des interventions salutaires

De nombreuses entreprises invitent des philosophes à témoigner lors de leurs réunions générales. On y entend des conférenciers : André Comte-Sponville, Raphaël Enthoven, Luc Ferry, Charles Pépin… Chacun disserte et plaide à sa façon, joue avec les idées et nous rend philosophe, pour notre plus grand bien, ou plaisir, bien-être, bonheur, joie… Leurs apports sont nombreux : réfléchir, (se) poser les bonnes questions, éclairer, prendre du recul sur notre vie…

D’autres philosophes comme Flora Bernard ou Marion Genaivre, nous apprennent à penser à la fois par nous-mêmes et collectivement en revisitant des questions éternelles : peut-on réussir un changement en l’imposant ? Le travail rend-il libre ? Quelle différence entre éthique et morale ?… Et l’actualité s’invite en ajoutant de nouveaux sujets : liberté de culte dans l’entreprise, management interculturel, exigence d’éthique, devoir d’alerte (est-ce dénoncer ?)… Les démarches utilisées par la philosophie comme le questionnement et l’argumentation deviennent une véritable hygiène mentale dans notre monde tourbillonnant, complexe, imprévisible. L’important reste de se questionner sans cesse sur ses représentations du monde.

Rapprochement risqué tout de même

Parce que sur le fond, les finalités du monde de l’entreprise et de celui des idées me semblent bien divergentes : l’une économique, l’autre spirituelle.

L’entreprise définit son ambition, sa vision, son but pour y faire adhérer tous ses collaborateurs : « Voici mon projet, à vous de le mettre en œuvre et d’être performant. » Le philosophe interpelle paradoxalement : « Très bien, mais est-ce là votre objectif de vie ? Apprenez que le chemin vaut mieux que la destination, que la joie naît de l’initiative et de la création, que le but de votre vie est justement de se débarrasser du but et de vivre le moment présent. » Et nous pauvres salariés processés de partout, qui devons-nous croire ? Alors que nous réclamons du sens, les philosophes suggèrent sobrement : « Le sens est en toi. » Ces propos philosophiques ne constituent-ils pas des invitations à quitter le contrat de subordination ? Devrions-nous quitter la prison d’une servitude volontaire et retrouver comme l’écrit Bergson dans L’énergie spirituelle « les joies exceptionnelles de l’artiste qui a réalisé sa pensée, du savant qui a découvert ou inventé » ?

Cet éloge de l’autonomisation, de la création ne serait-il pas finalement nocif à l’organisation, à la mise en ordre nécessaire au fonctionnement de l’entreprise ? Ne s’adresse-t-il qu’aux élites ?

Oser penser

C’est dans cette incitation à la prise de risque personnelle que l’entreprise prend elle aussi le sien. Elle agit ainsi pour épanouir le potentiel de ses collaborateurs qui veulent donner du sens et du plaisir à leur travail, pour les libérer de contraintes inutiles. Et le chemin vers une plus grande maîtrise de son destin commence par une incursion dans le bon usage de soi, le « Connais-toi toi-même » socratique, le « Deviens ce que tu es » nietzschéen.

C’est peut-être la fin du travail sans sens ?